+37°C à Lille, 36 à Paris, nuits "tropicales" en Normandie: la France bouillit et l'alerte rouge canicule a été étendue samedi vers le Nord, doublée de l'obligation de plus en plus fréquente de porter un masque à l'extérieur pour faire barrage au Covid-19, face à des indicateurs de suivi de l'épidémie qui se dégradent.

Quinze départements sont désormais placés en vigilance rouge, élargie samedi à l'ensemble des Hauts-de-France et la Seine-et-Marne, à cause d'une vague de chaleur "caractérisée par des nuits très chaudes voire tropicales", et appelée à durer au moins jusqu'à mardi, selon Météo-France.

A Lille, la municipalité a annulé les activités culturelles extérieures, et va distribuer des bouteilles d’eau aux associations de solidarité pour les maraudes. D’autres mesures sont déjà en place (points d'eau potable,brumisateurs, ouverture nocturne des parcs et jardins).

"Cette canicule sera tout particulièrement sévère en Normandie et dans les Hauts-de-France", a déclaré à l'AFP Olivier Proust, prévisionniste chez Météo-France.

"Qui aurait pu imaginer il y a encore deux ans, qu'une partie de la Normandie puisse passer en vigilance rouge canicule deux étés de suite !?", a lancé sur Twitter son collègue François Jobard.

- Piscines gonflables et glaces -

L'alerte rouge canicule, qui n'est utilisée que pour la troisième fois, après deux précédents en 2019, concernait déjà depuis vendredi Paris et huit autres départements, en raison "du risque de sur-mortalité lié à la pollution à l'ozone et au Covid, ainsi qu'en lien avec la sensibilité dans les zones fortement urbanisées", selon Météo-France.

A la base de loisirs du lac de Créteil (Val-de-Marne), où le mercure affichait 40 degrés samedi, de nombreuses familles s'abritaient sous les arbres pour organiser des barbecues. Certains ont amené des piscines gonflables pour les enfants.

"Les appartements sont trop chauds, on a du mal à supporter", affirme Zena, 35 ans.

Roland et Hélène, retraités résidant à Boulogne-Billancourt, sortent tôt le matin pour s'aérer au Bois de Boulogne, mais ensuite retournent se calfeutrer dans leur appartement. "On craint beaucoup la chaleur", explique la sexagénaire.

Cette canicule s'est installée depuis jeudi sur le pays alors que les indicateurs clés de suivi de l'épidémie de Covid-19 continuent parallèlement de se dégrader : 2.288 nouveaux cas annoncés vendredi, une progression inédite depuis mai.

En conséquence, le port du masque à l'extérieur s'étend. Il sera obligatoire dès lundi dans des zones très fréquentées à Paris ainsi qu'en Seine-Saint-Denis, dans les Hauts-de-Seine, le Val-de-Marne et le Val-d'Oise qui emboîtent le pas de Marseille, Ajaccio, Carcassonne, Bordeaux, Rennes ou Lille.

"Le masque avec cette chaleur, ça fait des gouttes, on transpire", peste Mélina, 39 ans. Dans le centre-ville de Metz écrasé par le soleil, elle a trouvé avec son amie Anne, 42 ans, une bande d'ombre pour terminer leurs glaces.

"D'habitude, on ne mange pas de glace, mais là il fait chaud", soupire Anne, qui a laissé ses deux enfants de 2 et 7 ans avec son mari à la maison. "Ils sont mieux devant un dessin animé, au frais, on a tout fermé".

La chaleur ne dispense pas des gestes barrières et du port du masque qu'il ne faut pas pour autant humidifier, martèlent les autorités sanitaires. Les masques peuvent être portés plusieurs heures sans altérer la respiration, rappelait vendredi l'Inserm.

- Nuits tropicales -

"Soyons prudents, gardons les bons réflexes", a exhorté samedi le ministre de la Santé Olivier Véran.

Outre les 15 départements en rouge, 49 sont en vigilance orange, dont l'Alsace depuis samedi.

Un phénomène qui devrait prendre fin "par l'ouest à partir de mercredi" seulement, avec une dégradation orageuse marquée, précise Météo-France.

Vendredi avait ouvert le bal des records avec plusieurs sommets pour un mois d'août (40,8°C à Brive, 39,8°C à Cognac, 39,6°C à Nantes ...), et "quelques records absolus sur des stations du réseau secondaire, notamment en Charente (devant août 2003 et juillet 2019 !)", selon le prévisionniste Etienne Kapikian.

"Le plus difficile, c'est la nuit, car il n'y a vraiment pas d'air", souligne Fabricio, un Brésilien de 38 ans vivant à Paris.

"Dimanche 9 août, avec des températures minimale/maximale prévues de 25 et 39°C, devrait constituer le pic de la canicule à Paris", prévient sur Twitter Gaétan Heymes, de Météo-France.

Cette vague de chaleur est également accompagnée en Ile-de-France et dans une partie de la Normandie, du Nord, de Rhône-Alpes et de PACA, par une pollution à l'ozone, polluant classique des canicules qui pénètre facilement les voies respiratoires.

Et un niveau record de circulation a été observé samedi par Bison Futé, avec un pic de bouchons de 820 kilomètres cumulés à la mi-journée. La journée était classée noire dans le sens des départs, rouge pour les retours.

Pour freiner la pollution, les vitesses maximales autorisées ont été réduites dans les Bouches-du-Rhône, et la circulation différenciée mise en place à Paris et Lyon.