"Le Brexit nous donne mal à la tête !" Carl Wilson veut en finir avec la sortie de l'Union européenne, comme beaucoup dans la ville défavorisée de Stoke-on-Trent. Sans que le champion du Brexit, Boris Johnson, n'y fasse l'unanimité.

Dans le pub où ce trentenaire est attablé à la mi-journée, dans le centre de cette ville de 250.000 habitants du centre de l'Angleterre où s'alignent des commerces aux rideaux baissés, le patron abonde. "Il y a trois ans, il y a eu un référendum et la majorité du pays a voté pour sortir de l'UE. Trois ans plus tard, on se querelle toujours", constate Dave Robson, 50 ans, interrogé par l'AFP.

"Il faut respecter le résultat" du vote, intervient un client, Dave Hill, au chômage. Lui-même a voté pour le maintien "parce qu'il vaut mieux garder ses ennemis proches".

Surnommée la "capitale du Brexit", Stoke-on-Trent a voté à 69,4% pour le retrait en juin 2016, un des scores les plus élevés du Royaume-Uni, et bien plus que le résultat national (52%).

Trois ans plus tard, la sortie de l'Union européenne a été reportée deux fois, ses modalités restent inconnues et la situation politique est explosive.

Le Premier ministre conservateur Boris Johnson est arrivé au pouvoir fin juillet en promettant de réaliser le Brexit coûte que coûte le 31 octobre, avec ou sans accord de divorce avec l'UE. Pas question pour lui d'y déroger, comme il ne manque pas de le répéter au congrès des tories réunis jusqu'à mercredi à Manchester (nord-ouest).

Un loi l'oblige pourtant à demander un report de trois mois si aucun compromis n'est trouvé avec Bruxelles d'ici au 19 octobre, juste après le prochain sommet européen. Les députés de l'opposition qui l'ont votée dans l'urgence début septembre, soutenus par des députés conservateurs rebelles, craignent qu'un "no deal" ne plonge le Royaume-Uni dans une forte zone de turbulence économique.

- "Comme Trump" -

Reporter ou revoter sur le Brexit lors d'un nouveau référendum, comme le réclame certains, "ne ferait que faire traîner le processus encore plus longtemps", estime Dave Robson, patron du pub White Star. "Si ça marche, ça marche. Si ça ne marche pas, c'est la vie", ajoute-t-il, un brin fataliste.

Si la volonté de passer à autre chose domine, la personnalité haut en couleur de Boris Johnson, coutumier des déclarations à l'emporte-pièce, divise dans cette circonscription désindustrialisée connue pour ses céramiques. Le Parti travailliste, principale formation de l'opposition, y a remporté une législative partielle en 2017 face au parti europhobe Ukip.

Pour le boucher Graham Fenton, Boris Johnson est "assurément" la personne dont le Royaume-Uni a besoin. "Il a une bonne personnalité, il est taillé pour le rôle. Il est un peu comme Trump en Amérique: il fait les choses", analyse-t-il, interrogé par l'AFP.

- "Coureur de jupons" -

"Quand j'écoute les infos, il semble toujours être celui qui veut le faire à tout prix", concède Susan Hood, 69 ans, qui a vécu toute sa vie dans la grise Stoke-on-Trent, balayée par un vent frais et la pluie en ce début d'automne. Elle le trouve "coureur de jupons", "mais cela n'a pas d'importance s'il fait le boulot".

Paradoxalement, elle ne lui accorderait pas sa voix si des élections générales anticipées devaient se tenir dans les prochains mois, un scénario perçu comme inéluctable pour sortir du blocage politique. Le gouvernement conservateur, privé de majorité parlementaire, les appelle de ses voeux, mais l'opposition rechigne, préférant s'assurer que l'éventualité d'un "no deal" soit effectivement écartée.

"Je voterais pour les libéraux-démocrates (qui veulent annuler le Brexit, NDLR). Ou pas du tout", confie Susan Hood, s'avouant, comme d'autres habitants, un peu perdue face aux intrications du Brexit.

Pour Kay Lewis, qui tient une petite boutique à la devanture délavée où sont proposés méli-mélo tricots, services à thé et autres bibelots, les promesses des tories d'investir massivement dans les services publics ne sont que des paroles en l'air et tous les responsables politiques sont à mettre dans le même panier. "J'ai voté pour sortir mais je souhaiterais avoir voté pour rester parce qu'on nous a raconté un tas de mensonges, pas seulement un parti mais tous."