Les hauts murs médiévaux érigés pour célébrer la foi abritent désormais l'espoir né des dernières découvertes scientifiques: fréquentée d'habitude par fidèles et visiteurs, la cathédrale de Salisbury, dans le sud-ouest de l'Angleterre, a été reconvertie en centre de vaccination.

L'édifice des XIIIe-XIVe siècle est l'une des trois cathédrales britanniques qui participent au plus grand programme de vaccination de l'histoire du pays.

Dans une petite chapelle habituellement dédiée aux prières, une infirmière sort du froid un flacon du vaccin Pfizer/BioNTech.

Après l'injection, William Perry, 98 ans, patiente sous la nef pendant le quart d'heure réglementaire imposé pour observer tout éventuel effet secondaire, assis à bonne distance d'un agriculteur et d'une ancienne policière. C'est la première fois qu'il sort de chez lui depuis mars dernier et même s'il fait "un peu humide", il ne le regrette pas.

"C'est bien de penser qu'ils font quelque chose pour que je puisse être encore là quelques semaines ou années de plus, jusqu'à 100 ans !" se réjouit cet ancien ingénieur de la Royal Air Force, qui a entretenu de légendaires avions de combat Spitfire pendant la bataille d'Angleterre, lors de la Seconde guerre mondiale.

"Je crois que j'ai fait ma part pour le pays", souligne William Perry, qui après la guerre a travaillé comme ingénieur de maintenance à la poste britannique.

- "La vie et l'espoir" -

Tout comme les cathédrales de Blackburn et Lichfield, celle de Salisbury a ouvert ce week-end ses gigantesques portes au programme massif du gouvernement, qui projette de vacciner les plus de 70 ans et personnes vulnérables, soit 15 millions d'habitants, d'ici à la mi-février.

Cette semaine, 3.000 personnes devraient être vaccinées à la cathédrale de Salisbury.

Le contexte a bien changé depuis mars 2018, où Salisbury a été le théâtre de la tentative d'assassinat de l'ex-agent double russe Serguei Skripal.

Deux Russes ont été désignés par la police britannique comme les principaux suspects de l'attaque. Cette dernière avait coûté la vie, quatre mois plus tard, à une femme sans-abri, qui avait touché la bouteille de parfum qui aurait servi de contenant à l'agent innervant Novichok.

A la télévision russe, tous deux s'étaient présentés comme des visiteurs férus d'architecture, décrivant avec précision la flèche de l'édifice, la plus haute d'Angleterre, qui culmine à 123 mètres.

"Les artisans du Moyen-Age l'ont bâtie ainsi il y a 700 ans parce qu'ils voulaient pointer de façon provocante et spectaculaire vers la vie et l'espoir, pointer vers le royaume de Dieu", souligne le révérend de la cathédrale, Nick Papadopoulos.

"C'est exactement la même chose avec la vaccination", poursuit le religieux, pour qui "elle offre la vie et l'espoir aux habitants de la ville, de la région et en fin de compte, du monde".

- Au son de l'orgue -

Dans la cathédrale, les seringues piquent les bras au son de l'orgue, récemment rénové pour environ un million de livres sterling (1,1 million d'euros).

Deux organistes se relaient tout au long de la journée, interprétant des morceaux apaisants de Bach, Dvorak ou encore Ralph Vaughan Williams.

"On espère créer une atmosphère de sérénité et de tranquillité, juste faire en sorte que les gens pensent à autre chose pendant la piqûre et aider les équipes à travers ce qui serait autrement une très, très longue journée", souligne le révérend.

Parmi les personnes qui aident à la bonne marche des opérations se trouve Jeannie Grant, 62 ans, la fille de l'homme de 98 ans qui s'est fait vacciner.

Venir dans un endroit qui a vu passer "tant d'histoire" au service d'un "objectif aussi merveilleux pour la population", "c'est très spécial", souligne-t-elle, pleine d'espoir: "Ce sera magnifique quand on aura fini avec tout ça et que la vie pourra recommencer un retour à la normale."