Un procès "injuste", un acte de "vengeance politique": les avocats de Donald Trump ont demandé vendredi l'acquittement de l'ancien président en qualifiant d'"absurde" son renvoi devant le Sénat des Etats-Unis pour "incitation à l'insurrection" au Capitole.

Le rythme s'est accéléré au quatrième jour de ce procès historique, qui pourrait se conclure dès samedi: après deux jours consacrés à l'accusation, la défense a bouclé en trois heures un argumentaire musclé et très politique.

"Soyons clairs, ce procès ne porte pas uniquement sur Donald Trump: il vise à faire taire et à interdire les discours que la majorité n'aime pas", a lancé Me Bruce Castor. Les procureurs démocrates, qui réclament de condamner l'ancien président à l'inéligibilité, veulent juste "éliminer un adversaire", a-t-il ajouté.

Donald Trump se voit notamment reprocher d'avoir lancé "Battez-vous comme des diables" à ses partisans, juste avant qu'ils ne se lancent à l'attaque du siège du Congrès le 6 janvier, au moment où les élus certifiaient la victoire de Joe Biden à la présidentielle.

Usant des mêmes armes que les procureurs démocrates, ses avocats ont diffusé de nombreuses vidéos, soigneusement montées, pour rappeler que ses opposants ont eux-même fréquemment tenu des discours enflammés.

Dénonçant "l'hypocrisie" de l'accusation, ils ont notamment projeté un film d'une dizaine de minutes, dans lequel toutes les figures du parti démocrate promettent de "se battre", selon des extraits joués et rejoués jusqu'à créer un sentiment de vertige.

Ce terme fait partie de "la rhétorique politique ordinaire", a assuré Michael van der Veen. Elle est "devenue excessive" mais elle est protégée par le premier amendement de la Constitution qui garantit la liberté d'expression, a poursuivi l'avocat.

- "Impatient" -

Donald Trump n'assiste pas à ce procès, dont l'issue semble jouée d'avance. Il est en effet peu probable que 17 sénateurs républicains se joignent aux 50 sénateurs démocrates pour former la majorité qualifiée nécessaire à sa condamnation.

Il est "très optimiste", avait affirmé jeudi un autre de ses avocats, David Schoen.

Une poignée d'élus du Grand Old Party ont tout de même semblé perturbés par la présentation implacable des procureurs démocrates au cours des deux derniers jours.

D'autres ont applaudi la défense. "Ils ont laminé légalement les procureurs" et "ont surtout démontré que le Premier amendement s'appliquait aux discours politiques", a commenté le sénateur Ron Johnson.

Dans la matinée, Joe Biden, qui a passé plus de 35 ans sur les bancs de la Chambre haute du Congrès, s'est dit "impatient" de voir ce que ses "amis" républicains feraient lors du vote, espérant qu'ils prendraient "leurs responsabilités".

Le président, resté en retrait depuis le début du procès, a précisé qu'il n'évoquerait pas le dossier avec des sénateurs.

- "Tragiquement" -

Ces derniers jours, les procureurs démocrates ont inscrit la funeste journée du 6 janvier dans le contexte du "grand mensonge" proféré selon eux par Donald Trump qui a dénoncé une élection "volée" sans en apporter la moindre preuve, attisant la colère de ses partisans.

L'attaque sanglante n'est pas survenue "dans le vide", c'était "l'apogée des actions du président", a lancé le procureur en chef Jamie Raskin, en diffusant plusieurs extraits de ses discours enflammés et de ses tweets au vitriol.

A la barre, Me David Schoen a rétorqué que les démocrates avaient "sélectionné" les propos du président et déformé ses propos. Il a rejoué d'autres extraits de son discours du 6 janvier, dans lequel l'ex-président appelle ses partisans à marcher "de manière pacifique et patriote" sur le Capitole.

Les avocats du président ont aussi assuré que le coup de force sanglant sur le Capitole, qui a semé la mort et le chaos au sein même du temple de la démocratie américaine, "avait été planifié à l'avance" et ne pouvait donc pas être imputé au président.

- Unité -

Lors d'une séance de questions-réponses tendue, les procureurs ont rétorqué que Donald Trump n'avait utilisé le terme "pacifique" qu'à une reprise dans son discours, dont la tonalité globale était selon eux "incendiaire".

"Plutôt que de nous crier dessus, et de vous plaindre que nous n'avons pas réuni assez de faits, faites venir votre client, qu'il témoigne sous serment!, leur a lancé Jamie Raskin.

La journée s'est toutefois terminée sur une note d'unité: l'ensemble des sénateurs ont applaudi, debout, un policier du Capitole qui a reçu une médaille pour ses actes de bravoure le jour de l'attaque. Sans Eugene Goodman, certains n'auraient peut-être pas "pu s'en sortir sains et saufs", a noté le chef de la majorité républicaine Mitch McConnell.

Le procès reprendra samedi à 10H00. Les parties pourront demander l'audition de témoins et il reviendra aux sénateurs de trancher. Si aucun nouvel élément n'est réclamé, ils pourront passer au vote.