Emmanuel Macron a promis mardi la plus grande fermeté contre l'antisémitisme en se rendant dans un cimetière alsacien où 96 tombes juives ont été profanées, le jour-même d'une mobilisation massive en France contre la recrudescence du fléau antisémite, avec quelques 70 rassemblements prévus sur tout le territoire.

"On prendra des actes, on prendra des lois et on punira", a déclaré le chef de l'Etat s'entretenant avec des habitants consternés à Quatzenheim (Bas-Rhin). Accompagné du Grand rabbin de France Haïm Korsia, et portant la kippa, il s'est recueilli devant plusieurs tombes, marquées à la bombe de croix gammées bleues et jaunes.

Une profanation qui a incité le ministre israélien de l'Immigration, Yoav Gallant, à appeler les juifs de France à "rentrer à la maison", et à émigrer pour l'Etat hébreu.

Le président de la République, qui ne participera pas aux rassemblements mardi soir, devait se recueillir en début de soirée au Mémorial de la Shoah à Paris, avec les présidents de l'Assemblée nationale Richard Ferrand et du Sénat Gérard Larcher. Il s'exprimera aussi sur le sujet mercredi, au cours du dîner annuel du Crif.

En parallèle au déplacement au Mémorial, les préfets déposeront au nom du président des gerbes de roses blanches sur différents lieux de mémoire: au Panthéon, les caveaux de Simone Veil, Jean Zay et Jean Moulin; au Mont-Valérien, au pied du monument aux fusillés; au Vel d’Hiv; au mémorial de la Maison d’Izieu.

A l'Assemblée, le Premier ministre Edouard Philippe a appelé à "l'union sacrée" face à l'antisémitisme. Il a également évoqué la possibilité d'inscrire dans la loi "avant la fin de l'année" des dispositions visant à "mettre en cause la responsabilité" des réseaux sociaux lorsqu'ils colportent des propos haineux tombant sous le coup de la loi.

L'exécutif n'est en revanche pas favorable à la pénalisation de l'antisionisme, une proposition émanant de députés membres du groupe d'études de l'Assemblée nationale sur l'antisémitisme.

- "Sursaut républicain" -

M. Philippe et plus de la moitié du gouvernement participeront dans la soirée aux plus de 70 rassemblements organisés dans toute la France, dont le principal place de la République à Paris à 19H00.

Les travaux des députés seront suspendus de 18H30 à 21H30 pour qu'ils puissent y participer. Au Sénat, un débat prévu en fin d'après-midi a été reporté et la séance sera levée à l'issue des questions d'actualité au gouvernement.

Cette mobilisation massive de la classe politique fait suite à un appel signé par une cinquantaine de partis, organisations, mouvement, à l'initiative du premier secrétaire du PS Olivier Faure.

Face à une recrudescence des actes antisémites en 2018 (+74%), M. Faure a souhaité que les partis s'emparent du flambeau de la lutte contre l'antisémitisme, plutôt que les représentants de la communauté juive. Le grand rabbin Haïm Korsia, avec qui M. Faure a discuté avant de lancer son appel, approuve la démarche. "C'est un sursaut républicain", salue-t-il.

De nombreuses personnalités ont annoncé leur venue, dont les anciens présidents François Hollande et Nicolas Sarkozy, l'ex-Premier ministre Bernard Cazeneuve, le président de LR Laurent Wauquiez, celui de Debout la France Nicolas Dupont-Aignan -bien qu'il n'ait pas été convié-, les responsables syndicaux Laurent Berger (CFDT) et Philippe Martinez (CGT).

- Des digues "sont tombées" -

Un doute a brièvement régné sur la participation de la France insoumise, qui ne faisait pas partie de la liste des premiers signataires, mais qui sera bien présente. Le leader de LFI Jean-Luc Mélenchon a demandé "solennellement à M. Castaner" d'y assurer la sécurité des élus insoumis, dont certains ont reçu des menaces de mort. Il a dénoncé une nouvelle fois une "instrumentalisation politique" de l'antisémitisme contre les Insoumis, alors que des voix s'étaient élevées pour dénoncer leur tiédeur supposée sur le sujet.

Après les insultes proférées samedi à l'encontre du philosophe Alain Finkielkraut en marge de la manifestation des "gilets jaunes" à Paris, M. Mélenchon a tenu à affirmer que "non, le mouvement des gilets jaunes n'est pas un mouvement antisémite".

"Il serait faux et absurde" de le dire, a aussi estimé Edouard Philippe. Mais "à l'occasion" de cette crise, "un certain nombre de garde-fous ou de digues sont tombés".

Plusieurs "gilets jaunes", Maxime Nicolle et Jérôme Rodrigues notamment, ont rappelé qu'ils étaient "contre le racisme" et "l'antisémitisme", et le groupe "Gilets jaunes citoyens" a annoncé sa venue à la manifestation parisienne.

Le Rassemblement national, lui, ne participera pas à la manifestation et organisera un hommage séparé. "Tous les partis qui vont manifester ensemble ce soir ont laissé s'installer dans notre pays un fondamentalisme islamiste qui est incontestablement à l'origine de l'antisémitisme aujourd'hui", a dénoncé la présidente Marine Le Pen, déplorant une nouvelle fois n'avoir pas été conviée.

"Le combat que vous menez est le nôtre", a aussi affirmé mardi Marine Le Pen dans un courrier à Alain Finkielkraut.