Sans les longues files d'attente qui avaient marqué ici la présidentielle américaine, les électeurs de Géorgie votaient mardi pour une double élection qui déterminera le contrôle du Sénat et la marge d'action du futur président Joe Biden, décidé à marquer la rupture avec Donald Trump.

"Le pouvoir est entre vos mains", a tweeté aux habitants le démocrate, qui arrivera à la Maison Blanche le 20 janvier.

Les deux candidats au Sénat de son parti, Jon Ossoff et Raphael Warnock, espèrent créer la surprise et faire basculer le Sénat sous le contrôle des démocrates.

"L'avenir de notre pays est en jeu", a de son côté déclaré sur Fox News David Perdue, l'un des deux sénateurs républicains sortants avec Kelly Loeffler.

Le scrutin s'annonce serré et les résultats définitifs pourraient ne pas être connus avant plusieurs jours.

Plus de trois millions d'électeurs, un nombre record pour une sénatoriale partielle en Géorgie, sur quelque sept millions d'inscrits, ont pu voter par anticipation.

Leurs bulletins ne seront pas dépouillés avant la fermeture des bureaux de vote, à 19H00 (00H00 GMT mercredi).

L'heure des résultats dépendra "d'à quel point la marge est serrée mais cela sera probablement demain matin", a indiqué le responsable républicain chargé des élections en Géorgie, Brad Raffensperger, sur Fox News.

"Cela dépendra vraiment du nombre de bulletins par anticipation", a-t-il précisé.

Au total 832 millions de dollars ont été dépensés dans la campagne, selon le Center for Responsive Politics, un organisme indépendant.

- L'élection "la plus importante" -

Dans le centre d'Atlanta, un bastion démocrate, les électeurs entraient au compte-gouttes dans une église luthérienne transformée en bureau de vote.

"Je pense que c'est l'élection la plus importante de ma vie", confie Robert Lowe, retraité de 74 ans qui a voté pour les deux démocrates.

"S'ils ne gagnent pas tous les deux et que les républicains gardent le Sénat, rien ne bougera", explique cet ancien professionnel du stand-up.

A Dalton, fief conservateur du nord-ouest de la Géorgie, Rony Haikal juge aussi cette élection "vraiment importante". Mais lui a voté pour les sénateurs républicains.

"On peut littéralement changer l'avenir de ce pays", dit-il.

Dans une élection où les loyautés partisanes sont exacerbées, Richard Hamman est l'un des rares électeurs à avoir changé de bord.

"Je vote d'habitude républicain mais cette fois j'ai opté pour les démocrates. J'ai trouvé qu'ils étaient plus compétents", explique le retraité de 75 ans.

- "Sauver l'Amérique" -

Lundi, les présidents élu et sortant se sont déplacés sur le terrain pour donner de la voix.

La Géorgie peut changer la "trajectoire" des Etats-Unis "pour la prochaine génération", a lancé Joe Biden à Atlanta.

Ces élections partielles pourraient être "votre dernière chance de sauver l'Amérique telle que nous l'aimons", a tonné à Dalton Donald Trump, qui refuse toujours de reconnaître sa défaite, plus de deux mois après l'élection.

Les deux sénateurs républicains partent favoris dans cet Etat conservateur.

S'il n'a pas remporté le premier tour, David Perdue était arrivé proche des 50% face à Jon Ossoff. Kelly Loeffler pourrait, elle, bénéficier d'un important report de voix d'un rival républicain qui avait divisé les soutiens au premier round contre Raphael Warnock, arrivé en tête.

Mais les démocrates ont espoir de l'emporter, galvanisés par la courte victoire de Joe Biden dans l'Etat le 3 novembre, une première depuis 1992.

Ils espèrent surtout une grande mobilisation des électeurs noirs, clé pour les démocrates. Des républicains modérés pourraient en outre être découragés d'aller voter par les accusations répétées de fraude lancées par Donald Trump.

- Manifestation à Washington -

Au lendemain de ces élections partielles, le Congrès se réunira pour enregistrer formellement le vote des grands électeurs en faveur de Joe Biden (306 contre 232).

L'issue de cette obligation constitutionnelle, qui relève d'ordinaire de la simple formalité, ne fait aucun doute.

Mais la croisade de Donald Trump donne à cette journée une tonalité particulière.

Si certains poids lourds républicains ont fini par admettre la victoire de Joe Biden, le président sortant peut encore compter sur le soutien indéfectible de dizaines de parlementaires.

Ces élus ont promis d'exprimer leurs objections mercredi, et de faire résonner les allégations de fraude au sein même du Capitole.

Comme devant la foule de ses partisans lundi, M. Trump a de nouveau fait pression mardi sur son vice-président Mike Pence, auquel reviendra le rôle protocolaire de déclarer Joe Biden vainqueur à l'issue de cette séquence.

"Le vice-président a le pouvoir de rejeter les grands électeurs choisis de façon frauduleuse", a-t-il tweeté, à tort.

Dans la rue, une grande manifestation de soutien à Donald Trump est prévue à Washington.

Tenant des drapeaux au nom du milliardaire, des partisans se rassemblaient déjà dans la capitale lundi.