"Victoire" de Julian Assange dans sa bataille contre les Etats-Unis: invoquant un risque de suicide, une juge britannique a refusé lundi de remettre le fondateur de Wikileaks à la justice américaine, qui le réclame pour la publication de centaines de milliers de documents confidentiels.

Le feuilleton en cours depuis une décennie autour de l'Australien de 49 ans, devenu pour ses soutiens un symbole du combat pour la liberté d'informer, ne s'arrête pas là. Les autorités américaines ont notifié le tribunal de leur intention de faire appel de la décision rendue par la juge Vanessa Baraitser.

Si cette dernière a rejeté les arguments relevant de la défense de la liberté d'expression, elle a estimé que "les procédures décrites par les Etats-Unis ne vont pas l'empêcher de se suicider". Elle a donc refusé l'extradition "pour des raisons de santé mentale".

Assange reste dans l'immédiat détenu dans la prison de haute sécurité de Belmarsh, à l'est de Londres, avant une audience mercredi pour examiner une demande de mise en liberté.

Dans la salle d'audience, Julian Assange, vêtu d'un costume bleu, masqué, s'est essuyé le front à cette annonce. L'avocate Stella Moris, avec qui il a eu deux enfants pendant sa réclusion à l'ambassade d'Equateur à Londres, a fondu en larmes.

A sa sortie de la cour de l'Old Bailey, elle a salué devant des dizaines de soutiens "une victoire" et "un premier pas vers la justice". Mais "nous célèbrerons le jour où il rentrera à la maison", a-t-elle ajouté, appelant le gouvernement américain à "mettre fin" aux poursuites visant l'Australien.

"Le combat n'est pas terminé", a insisté le rédacteur en chef de Wikileaks Kristinn Hrafnsson, retenant cependant "un moment d'espoir pour commencer la nouvelle année".

Le Mexique, par la voix du président Andres Manuel Lopez Obrador, a offert l'asile politique à Julian Assange.

- Offre du Mexique -

Se disant "extrêmement déçu", le ministère de la Justice américain a assuré qu'il compter "continuer à demander" son extradition.

Julian Assange se trouve sous le coup de poursuites lancées sous la présidence de Donald Trump. Sous son prédécesseur Barack Obama, qui avait Joe Biden pour vice-président, la justice américaine avait renoncé à poursuivre le fondateur de WikiLeaks.

L'Australien risque aux Etats-Unis 175 ans de prison pour avoir diffusé, à partir de 2010, plus de 700.000 documents classifiés sur les activités militaires et diplomatiques américaines, notamment en Irak et en Afghanistan.

Les Etats-Unis lui reprochent d'avoir mis en danger des sources des services américains, accusation qu'il conteste. Parmi les documents publiés figurait une vidéo montrant des civils tués par les tirs d'un hélicoptère de combat américain en Irak en juillet 2007, dont deux journalistes de l'agence Reuters.

Il revenait à la justice britannique de déterminer si la demande américaine d'extradition respectait un certain nombre de critères légaux, et notamment si elle n'était pas disproportionnée ou incompatible avec les droits humains.

Pendant les cinq semaines d'audience en février et en septembre, un psychiatre ayant examiné Assange avait évoqué un risque de suicide "très élevé" s'il devait être extradé vers les États-Unis. Ses avocats avaient dénoncé une procédure "politique" fondée sur des "mensonges".

Dans sa décision, la juge britannique a relevé "des preuves insuffisantes de pressions de l'administration Trump sur les procureurs" et "peu ou pas de preuves évoquant une hostilité du président Trump envers M. Assange ou Wilileaks".

Elle a estimé que l'accord passé par Assange avec des groupes de hackers pour obtenir des documents l'a "fait aller au-delà du rôle lié au journalisme d'investigation".

Julian Assange a été arrêté par la police britannique en avril 2019 après avoir passé sept ans reclus à l'ambassade d'Equateur à Londres, où il s'était réfugié alors qu'il était en liberté sous caution. Il craignait une extradition vers les Etats-Unis ou la Suède, où il a fait l'objet de poursuites pour viol qui ont depuis été abandonnées.

Ses conditions de détention à Belmarsh ont été dénoncées par le rapporteur de l'ONU sur la torture Niels Melzer. Dans une lettre ouverte à Donald Trump le 22 décembre, il avait demandé au président sortant de le gracier.