La livre baissait fortement mardi face aux principales devises, après avoir déjà souffert lundi et tandis que les négociations commerciales entre le Royaume-Uni et l'Union européenne sur un accord commercial post-Brexit sont dans l'impasse.

Vers 11H10 GMT (13H10 à Paris), la livre perdait 0,88% face au billet vert à 1,3050 dollar, quelques minutes après être tombée à 1,3022, un niveau plus vu depuis presque un mois.

Face à l'euro, elle reculait de 0,72% à 90,41 pence pour un euro.

La veille, elle avait déjà perdu 0,85% et 0,68% face aux deux monnaies.

"Il semble que le Brexit soit en train de déraper tandis que le directeur des services juridiques du gouvernement britannique a démissionné du fait de désaccords avec Boris Johnson", a commenté Sebastien Clements, analyste pour OFX, en citant une information du Financial Times.

Selon le quotidien, Jonathan Jones a pris la décision de partir en raison de la volonté du gouvernement de réviser la partie de l'accord sur le Brexit dédiée à l'Irlande et conclue l'année dernière.

Ce texte que Boris Johnson souhaite remanier vise à garantir l'absence de frontière physique entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande, membre de l'UE, et à éviter la résurgence de tensions dans cette région, ensanglantée par trois décennies de "Troubles" jusqu'à la signature de l'accord de paix du Vendredi saint en 1998.

La possibilité de modifier ce texte a fait bondir les Européens et leur négociateur en chef Michel Barnier, pour qui "tout ce qui a été signé dans le passé doit être respecté".

- Jusqu'au 15 octobre -

Le dialogue entre les deux parties s'est en outre tendu ces derniers jours, mettant la pression sur la devise britannique, dont le cours suit l'évolution des pronostics sur les chances d'un accord commercial.

Quelques heures avant l'arrivée à Londres de Michel Barnier pour des pourparlers qui doivent débuter à 12H30 GMT et se poursuivre jusqu'à jeudi, le négociateur britannique David Frost a appelé l'UE à "faire preuve de plus de réalisme sur le statut de pays indépendant" du Royaume-Uni.

"Nous ne pouvons plus nous permettre de ressasser les mêmes choses" après "six mois de dialogue" a-t-il déclaré dans un communiqué.

Le Premier ministre Boris Johnson a averti de son côté que faute de compromis d'ici au sommet européen du 15 octobre, il se satisferait d'un "no deal" malgré les risques de dégâts économiques en période de crise historique en raison de la pandémie de nouveau coronavirus.

Selon lui, le Royaume-Uni a à gagner en nouant des accords commerciaux bilatéraux et à revoir certaines de ses législations à son avantage sans les directives de Bruxelles.

Un Brexit sans accord signifierait que les transactions commerciales entre le Royaume-Uni et l'Union européenne seraient régies par les règles de l'OMC à l'issue de la période de transition qui s'achève fin décembre.

Cela signifierait des droits de douanes sur de nombreux produits, potentiellement très coûteux pour de nombreux secteurs, comme s'en inquiète nombre de représentants sectoriels et des milieux d'affaires.

"Les opérateurs continuent probablement à être très sensibles à tout ce qui pourrait compromettre un accord et laisser le Royaume-Uni confronté à une pandémie mondiale, un taux de chômage élevé et une absence d'(accès au) marché unique en même temps", a expliqué Craig Erlam, analyste pour Oanda.