La "négation" de l'existence d'Israël comme Etat est une nouvelle forme d'antisémitisme, a déclaré mercredi le président français Emmanuel Macron au premier jour de sa visite à Jérusalem à l'occasion du 75e anniversaire de la libération du camp nazi d'Auschwitz.

Le chef de l'Etat français s'est entretenu en matinée avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, puis avec son homologue Reuven Rivlin, qui a salué les efforts français pour juguler l'antisémitisme dont une résolution récente y intégrant l'antisionisme.

"L'antisionisme, lorsqu'il est la négation de l'existence d'Israël comme Etat, est un antisémitisme", a déclaré M. Macron, lors d'un point de presse avec le président Rivlin.

"Ce qui ne veut pas dire qu'il deviendrait impossible d'avoir des désaccords, de critiquer telle ou telle action du gouvernement d'Israël mais la négation de son existence relève bien aujourd'hui d'une forme contemporaine d'antisémitisme", a-t-il martelé.

M. Macron avait affirmé il y a un an vouloir élargir la définition de l'antisémitisme à l'antisionisme. Le Parlement français a adopté le mois dernier une proposition de résolution en ce sens, qui a toutefois suscité des oppositions, notamment de la part de responsables de partis craignant qu'elle empêche toute critique de la politique d'Israël.

Invité avec une quarantaine de dirigeants mondiaux pour commémorer jeudi le 75e anniversaire de la libération du camp nazi d'Auschwitz, M. Macron a aussi discuté de l'Iran, sujet de tensions après la mort dans un raid américain à Bagdad du général iranien Qassem Soleimani.

- Conflit israélo-palestinien -

Pour sa première visite en Terre Sainte depuis son arrivée au pouvoir en 2017, Emmanuel Macron sera le seul des principaux leaders invités en Israël cette semaine à faire le déplacement à Ramallah, siège de l'Autorité palestinienne, pour y rencontrer le président palestinien Mahmoud Abbas.

Cette visite intervient au moment où les acteurs régionaux attendent que Washington dévoile le détail de son projet de paix israélo-palestinien.

"Il ne s'agit pas pour la France aujourd'hui d'arriver avec une proposition sur la table, j'ai compris que d'autres en avaient, parfois attendues depuis longtemps. Quelque processus de paix que ce soit n'est possible que si les parties en présence veulent bâtir la paix alors la France aidera et dans le rôle qui doit être le sien et sera le sien", a déclaré le président français.

Avant son départ, l'Elysée a ménagé les deux camps, critiquant la politique de colonisation d'Israël comme "une politique du fait accompli", mais promettant pour les commémorations de jeudi, au mémorial de Yad Vashem, un discours musclé contre l'antisémitisme.

Comme avant lui François Hollande et Jacques Chirac, Emmanuel Macron fera un crochet à Jérusalem-Est pour visiter la basilique Sainte-Anne, détenue par la France, avant de déjeuner avec les représentants des communautés chrétiennes protégées par la France.

Il pourrait aussi déambuler dans cette partie de la ville occupée depuis 1967 par Israël qui l'a annexée.

- Accrochage -

La basilique Saint-Anne, construite par les Croisés au XIIe siècle et offerte par l'Empire ottoman à la France en 1856, est l'un des quatre territoires français de Jérusalem.

C'est dans ce quartier de Jérusalem-Est que Jacques Chirac s'était emporté en 1996 contre des soldats israéliens qui l'encadraient de trop près en lançant son désormais célèbre "Do you want me to go back to my plane?" (Voulez-vous que je remonte à bord de mon avion?), avant d'exiger que les militaires sortent du domaine de Saint-Anne. Phrase qui l'avait rendu immensément populaire dans le monde arabe, et la France avec.

Encore aujourd'hui, explique un responsable du consulat général de France à Jérusalem, la situation du quartier est explosive. Et les Pères blancs qui gèrent Sainte-Anne restent sans cesse vigilants contre de possibles "intrusions" de l'armée israélienne à Saint-Anne.

Mercredi, quelques heures avant l'arrivée de M. Macron, un accrochage a eu lieu entre des membres du groupe chargé de sa sécurité et un membre des forces de sécurité israéliennes ayant voulu entrer dans la basilique, selon des journalistes sur place.

S'il arpente les rues de la Vieille ville, le chef de l'Etat constatera le nombre croissant de colons juifs qui investissent des maisons dans les étages supérieurs, comme en témoignent les drapeaux israéliens au dessus du quartier musulman, souligne ce responsable.

Israël considère toute la ville comme sa capitale, position appuyée par Donald Trump qui a déplacé l'ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. Les Palestiniens veulent faire de Jérusalem-Est la capitale de l'Etat auquel ils aspirent.