La rentrée se fera-t-elle obligatoirement masqués dans les entreprises? Rejoignant les appels récents émis par plusieurs infectiologues, le ministère du Travail doit annoncer mardi aux partenaires sociaux qu'il envisage le "port obligatoire du masque" et recommande le télétravail.

Élisabeth Borne, la ministre du Travail, a annoncé la couleur dimanche dans le JDD: elle envisage le "port obligatoire du masque" dans certaines situations, comme les salles de réunions et les espaces de circulation des entreprises.

Après avoir échangé avec le patronat et les syndicats en fin de semaine dernière, la ministre doit présenter mardi matin, lors d'une réunion en visioconférence, les mesures susceptibles d'être appliquées à la rentrée.

"Si le port du masque doit être plus systématique, dans quelle condition et comment faut-il porter le masque? (…) Peut-on réutiliser le même masque? Il y a plein de questions auxquelles les pouvoirs publics doivent apporter des réponses", a prévenu mardi Yves Veyrier, le secrétaire général de FO sur Cnews, juste avant la rencontre.

"Se posera évidemment la question de la prise en charge", a-t-il ajouté.

Véronique Martin de la CGT pointe aussi des questions "en termes d'organisation du travail, du temps de travail et des locaux de travail".

Le ministère a demandé au Haut conseil de santé publique de plancher sur les "open space". La dernière version du protocole de déconfinement en entreprises, guide pratique pour faire face à la crise sanitaire, remonte à début août mais en réalité la dernière grosse mise à jour date de fin juin.

Depuis, les Français qui le peuvent sont partis en vacances, et le coronavirus a continué de circuler.

Les indicateurs statistiques de contaminations sont repartis à la hausse et inquiètent autorités sanitaires et gouvernement, qui craignent une deuxième vague susceptible de faire tanguer de nouveau le système hospitalier et l'économie.

Devant les obligations de porter le masque à l'extérieur prises dans certaines villes, comme Paris et Marseille, plusieurs médecins militent pour qu'il devienne obligatoire dans les espaces clos que sont les entreprises.

Les protocoles pour les lieux de travail "ne prennent pas suffisamment en compte" le risque de propagation du Covid-19 par aérosols (fines gouttelettes en suspension dans l'air expiré par les malades), déplorent une vingtaine de médecins dans une tribune publiée en ligne par Libération.

- "La question c'est qui paie?"-

Selon les derniers chiffres de Santé Publique France, 24% des "clusters", foyers de contamination, sont situés en entreprises (hors établissements médicaux). "D'après les chiffres qu'on nous a présentés, la moitié des clusters d'entreprises sont des abattoirs ou des exploitations agricoles", a expliqué Michel Beaugas, de FO.

Ainsi au début de l'été, le coronavirus a circulé parmi les saisonniers agricoles en Provence mais aussi en Mayenne via les abattoirs.

Pour les activités de bureau plus traditionnelles, Élisabeth Borne ne voit "pas de raison" de remettre en cause la règle actuelle "imposant un mètre carré par poste de travail, règle établie fin juin, ni d'imposer le masque "dans les bureaux individuels".

Le président de la CPME (Confédération des petites et moyennes entreprises), François Asselin y voit "du bon sens".

"Si vous êtes tout seul dans votre espace de travail, pourquoi vous imposer le port du masque? Par contre, si vous sortez de votre espace de travail et que vous empruntez un couloir ou une salle de réunion où il y a du monde, ce n'est pas un problème de vous demander de porter un masque".

L'exécutif est sur "une ligne de crête pas évidente à tenir", dit-il à l'AFP, car "il faut avoir un message de sensibilisation" et "en même temps éviter d'envoyer des messages trop anxiogènes qui viendraient gripper l'activité dont tout le monde a besoin".

Au menu mardi, figurera également la question du télétravail, qui "reste recommandé" notamment dans les "zones de circulation active du virus", a déjà prévenu la ministre.

De leur côté, les syndicats attendent qu'une négociation s'ouvre sur ce sujet avec le patronat mais ce dernier y est opposé.