Cérémonies rivales à New York, Donald Trump et Joe Biden qui se succèdent sans se voir en Pennsylvanie: la campagne présidentielle est venue vendredi troubler l'esprit d'unité censé imprégner les commémorations des attentats du 11 septembre 2001.

Pour ce 19e anniversaire des attentats les plus sanglants de l'histoire, le candidat démocrate Joe Biden, qui a récemment accéléré le tempo de sa campagne après avoir passé des semaines cloîtré dans sa maison du Delaware, s'est rendu sur le site de "Ground Zero" à New York, pour l'hommage annuel aux près de 3.000 victimes des attaques du World Trade Center.

Accompagné du gouverneur démocrate de New York Andrew Cuomo et d'autres élus démocrates new-yorkais, il y a retrouvé brièvement le vice-président américain Mike Pence. Les deux hommes, masqués, se sont brièvement salués d'un coup de coude, pandémie oblige, avant d'assister à la cérémonie à plusieurs mètres l'un de l'autre.

Ils ne devaient prononcer aucun discours: les interventions, enregistrées à l'avance cette année pour cause de coronavirus, sont traditionnellement réservées aux proches des victimes.

"Je ne vais parler de rien que du 11 septembre, nous avons retiré toutes nos publicités", a déclaré l'ex-vice-président de Barack Obama avant son arrivée à New York. "C'est une journée solennelle, et on va faire en sorte qu'elle le reste".

Mais à moins de deux mois de la présidentielle, la polarisation du pays n'était pas oubliée pour autant: une autre cérémonie était organisée, à quelques rues de là, par des dignitaires républicains, à laquelle devait notamment participer l'ex-maire républicain de New York et avocat personnel de Donald Trump, Rudy Giuliani, selon la télévision locale New York 1.

Concurrence attendue également sur un autre site des attentats, à Shanksville, en Pennsylvanie, à 500 km à l'ouest de New York, où s'écrasa un des quatre vols détournés par les militants d'Al-Qaïda, tuant les 44 personnes à bord.

Donald Trump devait s'y rendre, accompagné de sa femme Melania, dans la matinée et y prononcer un discours. Joe Biden devait lui succéder dans l'après-midi, même si les deux adversaires ne devaient pas se croiser.

- "Marquer des points" -

Même si ces commémorations sont censées être "dépourvues de rhétorique politicienne, et dédiées à l'hommage aux victimes" des attentats, elles constituent des événements très médiatisés, où "le seul fait d'être présent, de montrer leadership et empathie, permet de marquer des points", souligne Robert Shapiro, professeur de sciences politiques à l'université Columbia.

"Donc (les candidats) saisissent l'occasion, tout en mettant temporairement une sourdine aux attaques au vitriol habituelles".

Le choix par les deux candidats de la Pennsylvanie, où les derniers sondages les donnent au coude à coude, illustre d'ailleurs "les calculs évidents" derrière ces événements, selon lui.

Longtemps démocrate, la Pennsylvanie, Etat natal de Joe Biden, avait basculé à une courte majorité pour Donald Trump en 2016, contribuant à la victoire-surprise du magnat new-yorkais sur Hillary Clinton, et les démocrates espèrent prendre leur revanche le 3 novembre.

L'anniversaire des attentats il y a quatre ans avait déjà été l'occasion d'une polémique.

Hillary Clinton avait, lors de la cérémonie new-yorkaise à laquelle elle participait, fait un léger malaise et s'était éclipsée avant la fin. Son médecin avait révélé ensuite qu'elle avait été diagnostiquée deux jours plus tôt avec une pneumonie, ce que l'ex-secrétaire d'Etat avait passé sous silence.

M. Trump avait abondamment exploité cet épisode à son avantage, se moquant de sa rivale, l'imitant même en public en train de trébucher.