La Russie a commencé mercredi à publier les résultats du vote sur une vaste réforme constitutionnelle, un scrutin couru d'avance selon l’opposition qui y voit une manoeuvre pour perpétuer la mainmise de Vladimir Poutine sur le pays.

Après dépouillement dans 4% des bureaux de vote des territoires immenses mais peu peuplés de Sibérie et d'Extrême-Orient, 69,7% des voix étaient favorables à la réforme.

Du fait du décalage horaire, chaque région vote jusqu'à 20H locales, Les zones les plus habitées s'expriment donc encore. Les Moscovites ont jusqu'à 17H00 GMT pour faire leur choix, tandis que les derniers Russes glisseront leurs bulletins dans les urnes de l'enclave de Kaliningrad à 18H00 GMT.

Le doute n'est guère permis quant à l'issue du scrutin: les réformes ont été approuvées par le législateur en début d'année et le nouveau texte de la Constitution est déjà en vente dans les librairies.

Vladimir Poutine s'est adressé mardi aux 110 millions d'électeurs pour les appeler à garantir "la stabilité, la sécurité et la prospérité" du pays, qu'il se targue d'avoir sorti du chaos post-soviétique.

Le scrutin, prévu à l'origine en avril, a été repoussé à cause de la pandémie de coronavirus. Pour éviter une trop forte affluence dans les bureaux de vote, il s'est déroulé sur une semaine et les électeurs devaient se munir de masques et de gants.

Le président Poutine a, lui, voté à Moscou mercredi sans moyens de protection, contrairement à l'assesseur à laquelle il faisait face.

Amendement le plus controversé : celui accordant à Vladimir Poutine l'option de deux mandats supplémentaires à l'issue de l'actuel en 2024. Une nécessité selon lui, car la classe politique ne doit pas se perdre dans "une quête de successeurs potentiels".

- Dieu, mariage, retraite -

Ce changement lui permettrait de rester au Kremlin jusqu'en 2036, l'année de ses 84 ans. D'autres révisions renforcent certaines prérogatives présidentielles.

La réforme introduit aussi dans la Constitution des principes conservateurs chers au président --foi en Dieu, mariage réservé aux hétérosexuels, enseignement patriotique--, ainsi que des garanties sociales, comme l'indexation des retraites.

Ioulia Zabolotova, une retraitée de 83 ans, est enthousiaste: "Il faut soutenir Poutine, jamais je n'ai vécu aussi bien qu'avec lui. Il a relevé le pays du chaos!".

Les détracteurs de M. Poutine, notamment l'opposant Alexeï Navalny, jugent eux que le référendum n'a d'autre but que de lui garantir "une présidence à vie" et que les autres mesures visent à faire venir les Russes aux urnes.

Sergueï Lepnoukhov, un juriste de 47 ans, ne décolère pas. "Il ne fait pas toucher à la Constitution, elle doit être inaliénable (...) mais (Poutine) veut s'accaparer le pouvoir, alors il s'est trouvé une porte dérobée. C'est honteux et malheureux".

"Là, on a l'occasion de crier: NON", poursuit-il, disant ne plus avoir voté pour le président russe depuis 2004.

Un groupe d'opposition a appelé à un rassemblement Place Pouchkine, au centre de Moscou, en début de soirée mercredi, alors qu'aucune réunion publique n'est autorisée à cause du coronavirus. La police était présente en nombre, selon des journalistes de l'AFP.

- Succès sur-mesure -

Le vote intervient alors que la popularité de M. Poutine a baissé à cause d'une réforme décriée des retraites et de la crise du coronavirus. De mai 2018 à juin 2020, son taux d'approbation mesuré par l'institut indépendant Levada est passé de 79% à 60%.

Selon les critiques du Kremlin, le pouvoir a multiplié les ruses pour s'assurer un succès retentissant et une participation électorale forte. Cette dernière était de 62,89% à 14H30 GMT.

L'aspect le plus insolite aura été l'installation de lieux de vote de fortune en extérieur, dans les cours ou sur des terrains de jeux, sans grand respect du secret du vote ni surveillance adéquate des urnes.

Le but de la manoeuvre, d'après l'opposition, n'était pas de protéger l'électorat de la maladie Covid-19 mais de se fabriquer un résultat sur-mesure.

L'ONG Golos, spécialisée dans l'observation des élections et honnie des autorités, a en outre dénoncé des pressions hiérarchiques sur les fonctionnaires et salariés pour qu'ils aillent voter.

De son côté, la cheffe de la commission électorale, Ella Pamfilova, n'a constaté "aucune infraction sérieuse" durant le scrutin.