Il ne fume pas, ne boit pas, est obsédé par les microbes et a toujours revendiqué une santé de fer: Donald Trump a construit sa personnalité politique sur sa vitalité, raillant en 2016 comme en 2020 le manque d'énergie de ses adversaires. Mais le coronavirus qui l'a infecté est un ennemi redoutable et imprévisible.

En campagne des primaires républicaines, l'un de ses sobriquets favoris lancés contre un rival, Jeb Bush, était que l'homme était "low energy": "batterie faible"... Hillary Clinton avait encore moins d'énergie, a-t-il ensuite asséné.

"Elle n'a pas l'endurance physique et mentale" pour être présidente, disait-il.

Rebelote en 2020: il traite Joe Biden d'"endormi", et lui reproche de faire campagne depuis le sous-sol de sa maison et de porter "le plus grand masque que j'aie jamais vu".

"Il ne sait même pas qu'il est en vie!" s'est moqué un jour Donald Trump.

Paraître vigoureux lui est si cher qu'il était allé jusqu'à dicter une lettre à son médecin en décembre 2015 assurant au grand public qu'il serait "sans équivoque" la "personne en meilleure santé jamais élue président".

Mais le dirigeant, 74 ans depuis juin, est un paradoxe ambulant pour son rapport à la santé.

C'est un germophobe assumé: il déteste serrer les mains, se lave fréquemment les siennes et ne tolère pas les gens qui toussent ou éternuent près de lui. Mais il a attendu le 11 juillet pour porter le masque en public pour la première fois de la pandémie.

On ne lui connaît aucun problème médical majeur: les médecins de la Maison Blanche, dans des bulletins plus ou moins vagues, ont toujours certifié qu'il était en bonne santé, physiquement et mentalement. Et il fait du golf régulièrement: sa dernière visite à un golf date de dimanche.

Mais il est techniquement obèse, avec un poids officiel de 110 kilos pour 1,90 mètre. Il fait un peu de tension artérielle, et a un faible pour la malbouffe et les hamburgers.

Et un mystère continue de planer sur une visite improvisée, un week-end de novembre 2019, à l'hôpital militaire Walter Reed près de Washington: a-t-il souffert d'un mini-AVC? "Peut-être font-ils référence à un autre candidat, d'un autre parti!", avait rétorqué le septuagénaire.

- 20% de risque de forme grave -

Donald Trump a toutes les chances de s'en sortir: environ 5% des plus de 70 ans contaminés par le virus en meurent, selon des estimations citées par les Centres américains de lutte contre les maladies.

Ses symptômes ont pour l'instant été décrits par la Maison Blanche comme "légers". Mais le risque de développer une forme grave n'est pas anodin, en raison du surpoids de M. Trump: sans doute de l'ordre d'une chance sur cinq, dit à l'AFP Daniel Griffin, chef des maladies infectieuses du groupe médical ProHEALTH à New York.

"L'état de santé général d'une personne affecte l'évolution de la maladie", ajoute le médecin. "Il n'est pas rare que des gens d'un âge avancé et avec des facteurs de risque s'en tirent bien".

Les phases de l'infection par le coronavirus sont bien connues: la première semaine est la phase virale, avec les symptômes tels que la fièvre, la toux, les douleurs musculaires... La deuxième semaine est critique, c'est là que peut commencer le crash de la décompensation, la flambée inflammatoire qui fait plonger les malades et nécessite souvent une oxygénation.

On ignore quand Donald Trump a été contaminé mais, au plus tard, il faudra attendre deux semaines, jusqu'à mi-octobre, pour être certain qu'il est tiré d'affaire, selon Daniel Griffin.

In fine, c'est "un jeu de probabilité", dit à l'AFP Gregory Poland, professeur de médecine à la Mayo Clinic, qui rappelle que le virus a terrassé, certes très rarement, des enfants en bonne santé, et cloué au lit des athlètes de haut niveau.

Le milliardaire sait bien que les gens de son âge sont les plus vulnérables. Le 21 septembre, en meeting, il avait dit à ses partisans: "Cela n'affecte presque personne (...) Cela affecte les personnes âgées, celles qui ont des problèmes de coeur et autres".