Annoncé par Emmanuel Macron en pleine polémique sur les violences policières, le "Beauvau de la sécurité" lancé officiellement lundi par Jean Castex doit aboutir sur une "ambitieuse loi" sur la sécurité intérieure à "l'horizon 2022".

Si le chef de l'Etat avait assuré qu'il "interviendrait personnellement" au cours des débats, probablement lors de leur clôture prévue en mai, c'est son Premier ministre qui en a donné lundi le coup d'envoi depuis le ministère de l'Intérieur.

Ce "Beauvau de la sécurité", concertation nationale inédite sur la police, doit poser "les fondements d'une ambitieuse loi de programmation de la sécurité intérieure à l’horizon 2022", a déclaré Jean Castex, parlant d'un "objectif essentiel" du gouvernement.

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin avait annoncé la semaine dernière qu'il proposerait "7 ou 8 propositions très fortes" à l'issue des discussions.

Le Premier ministre a notamment demandé "plus de policiers et de gendarmes" sur le terrain, une amélioration "de la qualité et la rapidité de la chaîne pénale" et des débats "en toute lucidité et sans arrière-pensée" sur les violences policières et les accusations de racisme dans la police.

Emmanuel Macron, dont la politique régalienne est souvent vue comme un angle mort de son action, a fait de la sécurité une des priorités de la fin de son quinquennat. Ce "grand débat" sur la police, prévu pour durer quatre mois, peut se lire comme une nouvelle brique dans cette stratégie de reconquête.

Loi de Sécurité globale contestée dans la rue, fronde syndicale contre la reconnaissance des contrôles au faciès, émoi national après le tabassage par des policiers du producteur de musique Michel Zecler: c'est dans un contexte explosif que le président de la République avait annoncé début décembre cette large consultation inédite.

Avec la tenue du "Beauvau", du nom de la place où est situé le ministère de l'Intérieur, Emmanuel Macron dit vouloir "améliorer les conditions d'exercice" des forces de l'ordre et "consolider" les liens avec les Français.

- "Alibi de l'inaction" -

Tous les quinze jours, syndicats de police, représentants de la gendarmerie ainsi que huit parlementaires et maires - dont le député LREM et ancien patron du Raid Jean-Michel Fauvergue - se réuniront lors de huit tables rondes, selon un document du ministère de l'Intérieur consulté par l'AFP.

Une vingtaine de "personnalités qualifiées", dont plusieurs issues du monde de l'entreprise, et "huit experts internationaux" viendront nourrir les thématiques abordées.

Relations entre forces de l'ordre et population et encadrement des jeunes policiers seront au menu des deux premiers rendez-vous de février (8 et 22), avec la participation de l'ancien sélectionneur de l'équipe de France de handball Claude Onesta et du PDG de Dassault Systèmes Bernard Charlès.

Les tables rondes de mars (8 et 22) seront dédiées à la formation, avec la DRH d'Axa Karima Silvent, puis aux relations avec la justice, en présence du garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti.

En avril, l'ancien préfet de police de Paris Michel Cadot et le PDG de Facebook France Laurent Solly s'exprimeront respectivement sur les questions du maintien de l'ordre et de la captation de vidéos de policiers, au cœur de la loi contestée de Sécurité globale.

La Défenseure des droits Claire Hédon interviendra début mai sur le "contrôle interne", notamment autour du rôle de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), avant un dernier débat sur les conditions matérielles des policiers, en présence du PDG de la Poste Philippe Wahl.

"Hormis Claire Hédon, il n'y a pas de personnalités morales avec une réflexion de longue date sur la police. L'idée semble de dire qu'elle peut être gérée comme une entreprise", déplore le chercheur au CNRS Sebastian Roché, spécialiste des questions de la relation police-population.

Chez les syndicats, la prudence est aussi de mise. Fabien Vanhemelryck, secrétaire général d'Alliance, sera attentif à ce que les débats ne "se transforment en campagne électorale". Grégory Joron, d'Unité-SGP-FO, réclame "un budget dédié" pour une loi de programmation "ambitieuse".

L'opposition dénonce, elle, un coup de communication. "Le diagnostic, tout le monde le connaît: le malaise de la police, sa paupérisation", a souligné le député LR des Alpes-Maritimes Eric Ciotti, redoutant que ces échanges soient "l'alibi de l'inaction".