Annoncé par Emmanuel Macron en pleine polémique sur les violences policières, le "Beauvau de la sécurité" a été officiellement lancé lundi par son Premier ministre Jean Castex avec l'objectif de nourrir "à l'horizon 2022" un vaste plan de réforme des forces de l'ordre.

Cette concertation nationale inédite doit poser "les fondements d'une ambitieuse loi de programmation de la sécurité intérieure à l’horizon 2022", a déclaré Jean Castex, considérée comme un "objectif essentiel" du gouvernement.

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin avait annoncé la semaine dernière qu'il dévoilerait "7 ou 8 propositions très fortes" à l'issue des discussions.

Lors de son discours lundi, M. Castex a notamment demandé "plus de policiers et de gendarmes" sur le terrain, une amélioration "de la qualité et la rapidité de la chaîne pénale" et des débats "en toute lucidité et sans arrière-pensée" sur les violences policières et les accusations de racisme dans la police.

"La volonté politique a l'air vraiment affichée" avec en ligne de mire un projet de loi "ambitieux", a dit à l'AFP Grégory Joron, du syndicat Unité-SGP-FO. "Reste la vraie question, celle du budget", a-t-il ajouté.

"On va rester vigilant", a de son côté déclaré à l'AFP Fabien Vanhemelryck, Secrétaire général d'Alliance. Le Premier ministre "a annoncé par les mots sa volonté d'aboutir à des mesures concrètes, nous on lui a demandé de concrétiser par des actes. On ne veut pas que le Beauvau fasse +pschitt+ comme le Livre blanc" sur la sécurité intérieure publié mi-novembre, a-t-il dit.

Emmanuel Macron, dont la politique régalienne est souvent vue comme un angle mort de son action, a fait de la sécurité une des priorités de la fin de son quinquennat. Ce "grand débat" sur la police, prévu pour durer quatre mois, peut se lire comme une nouvelle brique dans cette stratégie de reconquête.

Loi de Sécurité globale contestée dans la rue, fronde syndicale contre la reconnaissance des contrôles au faciès, émoi national après le tabassage par des policiers du producteur de musique Michel Zecler: c'est dans un contexte explosif que le président de la République avait annoncé début décembre cet exercice inédit.

- "Alibi de l'inaction" -

Tous les quinze jours, syndicats de police, représentants de la gendarmerie ainsi que huit parlementaires et maires se réuniront lors de huit tables rondes, selon un document du ministère de l'Intérieur consulté par l'AFP.

Une vingtaine de "personnalités qualifiées", dont plusieurs issues du monde de l'entreprise, et "huit experts internationaux" viendront nourrir les thématiques abordées.

Relations entre forces de l'ordre et population et encadrement des jeunes policiers seront au menu des deux premiers rendez-vous de février (8 et 22), avec la participation de l'ancien sélectionneur de l'équipe de France de handball Claude Onesta et du PDG de Dassault Systèmes Bernard Charlès.

Les tables rondes de mars (8 et 22) seront dédiées à la formation, avec la DRH d'Axa Karima Silvent, puis aux relations avec la justice, en présence du garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti.

En avril, l'ancien préfet de police de Paris Michel Cadot et le PDG de Facebook France Laurent Solly s'exprimeront respectivement sur les questions du maintien de l'ordre et de la captation de vidéos de policiers, au cœur de la très contestée proposition de loi Sécurité globale.

La Défenseure des droits Claire Hédon interviendra début mai sur le "contrôle interne", notamment autour du rôle de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), avant un dernier débat sur les conditions matérielles des policiers, en présence du PDG de la Poste Philippe Wahl.

"Hormis Claire Hédon, il n'y a pas de personnalités morales avec une réflexion de longue date sur la police. L'idée semble de dire qu'elle peut être gérée comme une entreprise", déplore le chercheur au CNRS Sebastian Roché, spécialiste des questions de la relation police-population.

L'opposition dénonce, elle, un coup de communication. "Le diagnostic, tout le monde le connaît: le malaise de la police, sa paupérisation", a souligné le député LR des Alpes-Maritimes Eric Ciotti, en redoutant que ces échanges soient "l'alibi de l'inaction".