Dix ans après la révolution qui l'a chassé du pouvoir le 14 janvier 2011, le clan du dictateur Zine el Abidine Ben Ali, qui avait accaparé des pans entiers de l'économie tunisienne, est éparpillé dans le monde.

La plupart n'ont pas répondu de leurs actes devant la justice. En 2010, ce clan captait notamment 21% des bénéfices du secteur privé tunisien, selon la Banque mondiale.

Ben Ali et ses proches

Le président déchu, condamné par contumace de nombreuses fois pour homicide, torture et corruption, est décédé en 2019, à 83 ans. Exilé en Arabie saoudite, il y a été enterré en présence de sa seconde épouse et de leurs trois enfants.

Leïla Trabelsi, surnommée la "coiffeuse" en raison de sa profession passée supposée, fut la seconde épouse du dictateur et l'une des personnes les plus haïes du régime. Elle continue de profiter de son exil doré saoudien malgré de nombreuses condamnations.

Elle réside à Jeddah (ouest) avec leur fils et leur fille cadette Nessrine.

Le clan Trabelsi

Les frères de Leïla Trabelsi sont accusés d'avoir été les moteurs de la mainmise sur les biens nationaux, qui ont permis au clan de régner sur un empire s'étendant de la grande distribution à l'immobilier en passant par la téléphonie, les médias ou l'automobile.

- Belhassen Trabelsi, 58 ans: le frère fugitif

Richissime homme d'affaires considéré comme le chef du clan, il s'est enfui en yacht vers l'Italie le 14 janvier 2011 et a rejoint le Canada, où il a résidé à Montréal jusqu'en 2016. Débouté de sa demande d'asile, il a pris la fuite.

Il a déposé un dossier en 2016 en Tunisie auprès de l'organisme de justice transitionnelle, l'Instance vérité et dignité (IVD), pour obtenir une réconciliation en contrepartie d'un remboursement de fonds détournés. Il a proposé 350 millions d'euros, a indiqué l'IVD, mais l'arbitrage n'a pas abouti.

Après trois ans de cavale, il est arrêté en mars 2019 en France, et la Tunisie demande son extradition.

Le cour d'appel d'Aix-en-Provence (sud) doit rendre sa décision le 27 janvier, le parquet ayant requis un avis favorable à l'extradition.

- Imed Trabelsi, 46 ans: le prisonnier

Le plus connu des membres du clan, neveu de Leïla, est emprisonné en Tunisie depuis le 14 janvier 2011, jour de la chute du président.

Arrêté alors qu'il s'apprêtait à s'envoler pour la France, il a été condamné notamment pour fraude et corruption à 100 ans de prison au total.

Il a livré en mai 2017 un témoignage inédit sur le système de corruption impliquant des douaniers, des hauts fonctionnaires et des ministres.

Il a présenté des excuses au peuple tunisien. Un accord de réconciliation moyennant finances a été trouvé mais il est toujours en prison.

Deux frères de Leïla Trabelsi sont décédés en prison: Moncef Trabelsi, mort d'une tumeur au cerveau en 2013 à 69 ans, et Mourad Trabelsi, qui souffrait de maladies chroniques et s'est éteint en avril 2020 à 65 ans -selon sa famille, par manque de soins en détention.

Les gendres

Sakher El Materi, 39 ans: le fantôme

Premier époux de Nessrine, souvent qualifié de "gendre préféré" de Ben Ali et présenté comme son potentiel dauphin, il s'est réfugié au Qatar avant de s'exiler aux Seychelles.

Selon l'ONG anticorruption I-Watch, il a obtenu la nationalité seychelloise mais il envisagerait de quitter l'archipel.

En 2017, il a entamé des négociations avec l'Etat tunisien sous l'égide de l'IVD pour faire acte de repentance et être autorisé à rentrer, proposant de rembourser 153 millions d'euros.

Son père Moncef Materi, condamné pour blanchiment, a été interpellé en France en juin 2017 lors de l'escale d'une croisière, en vertu d'un mandat d'arrêt international émis par un juge tunisien. La cour d'appel d'Aix-en-Provence a rejeté son extradition en 2018.

- Marouane Mabrouk: le discret

Ex-époux de Cyrine Ben Ali, fille du premier mariage de Ben Ali, cet homme d'affaires de poids a gardé un rôle important bien que discret. Avec ses frères, il codirige l'un des principaux conglomérats du pays, présent dans la grande distribution (Monoprix, Géant), des concessions automobiles (Fiat, Mercedes) ou encore la banque.

Accusé d'avoir fait fructifier ses affaires grâce aux largesses de son ancien beau-père, il a vu certains de ses biens être gelés en 2011. Il a cependant pu en récupérer une partie après une levée --contestée-- des sanctions par l'Union européenne.

- Slim Chiboub, 61 ans: le repenti

Epoux de Dorsaf, la seconde fille du premier mariage de Ben Ali, ex-dirigeant du très populaire club de football de l'Espérance à Tunis, il est rentré d'exil en 2014 pour solder ses comptes avec la justice.

Il a passé un an en prison et s'est engagé, en échange de la suspension de poursuites, à restituer les sommes perçues indument assorties d'une amende.

En dépit de cet accord, il a de nouveau été arrêté cet été.