La propagation accélérée du coronavirus en France, qui a causé onze décès selon un nouveau bilan, sonne la mobilisation générale des services de santé, sommés de se tenir prêts à déclencher leur "plan blanc" pour faire face à une situation exceptionnelle.

Selon le dernier décompte des autorités, samedi en début d'après-midi, 716 personnes ont été testées positives au virus et deux personnes supplémentaires sont décédées, dans les Hauts-de-France et en Normandie, portant à onze le total des morts.

"A ce jour, le virus est présent dans certains territoires et circule, même s’il n’est pas présent partout sur le territoire", souligne le ministère de la Santé. L'ensemble du pays reste donc au "stade 2" de l'état d'alerte, même si le passage au stade 3, celui de l'épidémie, est inexorable à terme.

Hôpitaux et cliniques sont "mis sous tension" et doivent se tenir prêts sur l'ensemble du territoire à déclencher leur "plan blanc", a indiqué vendredi le ministre de la Santé Olivier Véran.

Ce dispositif de crise permet aux établissements de faire face à une situation sanitaire exceptionnelle en mobilisant en interne tous les moyens dont ils disposent - un "plan blanc" avait déjà été déclenché le 25 février dans les hôpitaux de Creil et Compiègne. Un "plan bleu" sera de la même façon activé dans les Ehpad.

Mais pour l'heure, "le plan blanc et le plan bleu ne sont pas encore lancés", a insisté samedi le ministère.

- personnes âgées vulnérables -

"Les personnes âgées sont les plus vulnérables face au virus et doivent être protégées", rappelle la Direction générale de la Santé (DGS) dans un communiqué, recommandant d’éviter que les enfants de moins de 15 ans leur rendent visite.

Elle préconise également de limiter les visites à une personne par patient dans les établissements de santé et d'empêcher "les personnes malades et les mineurs" de rendre visite aux personnes hospitalisées, y compris en maternité.

Avec la phase 2, la "stratégie" du Gouvernement consiste à "se protéger et ralentir la progression de l’épidémie", insiste-t-elle.

En témoigne la fermeture de toutes les écoles et les crèches, pendant au moins deux semaines, dans le Haut-Rhin et l'Oise, deux départements parmi les plus touchés, annoncée vendredi par le Premier ministre Édouard Philippe après une réunion interministérielle.

Selon le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer 155.000 élèves sont concernés dans l'Oise et 127.000 dans le Haut-Rhin, qui tous pourront suivre "la classe à la maison": "Chaque famille sera contactée" à cette fin, a-t-il ajouté.

Dans ces deux départements est également instaurée la "limitation de tous les rassemblements, sauf ceux essentiels à la vie sociale et démocratique", a ajouté le chef du gouvernement.

Samedi, un arrêté ramène cependant l'interdiction des rassemblements de plus de 5.000 personnes au 15 avril et non plus au 31 mai comme initialement annoncé le 4 mars.

Par précaution, le préfet de Seine-Saint-Denis, où 12 cas ont été rapportés, a d'ailleurs interdit "un rassemblement à caractère évangéliste prévu ce weekend au Blanc-Mesnil et susceptible de rassembler jusqu’à 2.000 personnes provenant de plusieurs départements".

Une réunion similaire en février à Mulhouse a généré depuis des dizaines de contaminations dans toute la France, de la Corse à la Normandie et jusqu'en Guyane. Huit nouveaux cas sont annoncés samedi en Moselle: "Pour la majorité d’entre eux, l’origine de leur infection est liée à leur participation" à ce rassemblement, indique la préfecture du département.

- pas de salon du tatouage -

De son côté, le préfet de police de Paris "a décidé d’interdire le Mondial du tatouage prévu du 13 au 15 mars à la Grande halle de la Villette".

"Bien que cet évènement rassemble moins de 5.000 personnes simultanément, la nature des activités qui s’y déroulent et la présence de visiteurs nombreux en provenance de zones de circulation active du virus présentent un risque particulier", a estimé la préfecture.

Plusieurs événements sportifs ont été reportés ce weekend, dont le match de foot en Ligue 1 Strasbourg-Paris SG prévu samedi, ou celui de rugby féminin entre l’Écosse et la France dans le tournoi des Six nations.

La France constitue l'un des principaux foyers du virus en Europe, avec l'Italie et l'Allemagne.

Face à l'accélération, les autorités sont conduites à préparer le stade 3 des mesures de précaution qui pourrait impliquer des mesures plus contraignantes, au cas par cas, comme la suspension des transports en commun.

Une étape que le Premier ministre a souhaité "dédramatiser" vendredi soir. "Lorsque le stade 3 adviendra, nous prendrons les mesures nécessaires pour répondre à l'épidémie pour prendre en charge les malades et assurer la continuité de la vie économique et sociale du pays, y compris la vie scolaire qui devra continuer", a-t-il martelé.

L'important, a rappelé le Premier ministre, est de "freiner la propagation" du virus.