La propagation accélérée du coronavirus en France, qui a causé onze décès selon un nouveau bilan, sonne la mobilisation générale des services de santé, sommés de se tenir prêts à déclencher leur "plan blanc" pour faire face à une situation exceptionnelle.

Selon le dernier décompte des autorités, samedi en début d'après-midi, 716 personnes ont été testées positives au virus et deux personnes supplémentaires sont décédées, dans les Hauts-de-France et en Normandie, portant à onze le total des morts.

L'une des deux nouvelles victimes est une femme née en 1937: résidente d'un EHPAD à Crépy-en-Valois (Oise), elle est décédée dans la nuit du 4 au 5 mars au centre hospitalier de Beauvais a détaillé le ministère de la Santé.

Dans l'après-midi, la présidence de l'Assemblée nationale a annoncé un troisième cas positif dans ses rangs, une députée hospitalisée, selon un communiqué qui ne donne pas de détail. Un député du Bas-Rhin et un salarié de l'Assemblée avaient déjà été touchés cette semaine. Selon la même source, "six personnes sont actuellement prises en charge par les services de santé en vue d'un dépistage, parmi lesquelles cinq députés et un agent".

Un troisième employé de la RATP a été par ailleurs infecté, un conducteur de bus du centre de Thiais (Val-de-Marne), où un premier cas a été enregistré jeudi soir, selon la Régie.

"A ce jour, le virus est présent dans certains territoires et circule, même s’il n’est pas présent partout sur le territoire", souligne le ministère de la Santé. L'ensemble du pays reste donc au "stade 2" de l'état d'alerte, avec un nombre de cas très variable selon les régions. Mais le passage au stade 3 - celui de l'épidémie, qui prévoit davantage de restrictions - est inexorable à terme.

Hôpitaux et cliniques sont déjà "mis sous tension" et doivent se tenir prêts à déclencher leur "plan blanc", a prévenu le ministre de la Santé Olivier Véran.

Ce dispositif de crise permet aux établissements de faire face à une situation sanitaire exceptionnelle en mobilisant en interne tous les moyens dont ils disposent - un "plan blanc" avait déjà été déclenché le 25 février dans les hôpitaux de Creil et Compiègne. Un "plan bleu" sera de la même façon activé dans les Ehpad.

Mais pour l'heure, "le plan blanc et le plan bleu ne sont pas encore lancés", a insisté samedi le ministère.

- personnes âgées vulnérables -

"Les personnes âgées sont les plus vulnérables face au virus et doivent être protégées", rappelle la Direction générale de la Santé (DGS) dans un communiqué, recommandant d’éviter que les enfants de moins de 15 ans leur rendent visite.

Elle préconise également de limiter les visites à une personne par patient dans les établissements de santé et d'empêcher "les personnes malades et les mineurs" de rendre visite aux personnes hospitalisées, y compris en maternité.

Avec la phase 2, la "stratégie" du gouvernement consiste à "se protéger et ralentir la progression de l’épidémie", insiste-t-elle.

En témoigne la fermeture de toutes les écoles et les crèches, pendant au moins deux semaines, dans le Haut-Rhin et l'Oise, deux départements parmi les plus touchés.

Selon le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer, 155.000 élèves sont concernés dans l'Oise et 127.000 dans le Haut-Rhin, qui tous pourront suivre "la classe à la maison": "Chaque famille sera contactée" à cette fin, a-t-il dit.

Par précaution, le préfet de Seine-Saint-Denis, où 12 cas ont été rapportés, a interdit "un rassemblement à caractère évangéliste prévu ce week-end au Blanc-Mesnil et susceptible de réunir jusqu’à 2.000 personnes provenant de plusieurs départements".

Une réunion similaire fin février à Mulhouse a généré depuis des dizaines de contaminations dans toute la France, de la Corse à la Normandie et jusqu'en Guyane. Huit nouveaux cas sont annoncés samedi en Moselle: "Pour la majorité d’entre eux, l’origine de leur infection est liée à leur participation" à ce rassemblement, indique la préfecture du département.

- pas de salon du tatouage -

De son côté, le préfet de police de Paris "a décidé d’interdire le Mondial du tatouage prévu du 13 au 15 mars à la Grande halle de la Villette".

"Bien que cet évènement rassemble moins de 5.000 personnes simultanément, la nature des activités qui s’y déroulent et la présence de visiteurs nombreux en provenance de zones de circulation active du virus présentent un risque particulier", a estimé la préfecture.

Un arrêté a cependant réduit samedi la durée d'interdiction des rassemblements de plus de 5.000 personnes au 15 avril et non plus au 31 mai comme initialement annoncé le 4 mars.

Plusieurs événements sportifs ont été reportés ce weekend, dont le match de foot en Ligue 1 Strasbourg-Paris SG prévu samedi, ou celui de rugby féminin entre l’Écosse et la France dans le tournoi des Six nations.

La France constitue l'un des principaux foyers du virus en Europe, avec l'Italie et l'Allemagne.

L'important, a rappelé le Premier ministre Edouard Philippe vendredi soir, est de "freiner la propagation" du virus.