Les partisans des deux rivaux de la présidentielle au Ghana commençaient à se réunir mercredi, dans l'attente des résultats du scrutin marqué par la mort de cinq personnes dans des incidents "isolés" dans ce pays érigé en modèle démocratique en Afrique de l'Ouest.

La Commission électorale du Ghana a pour l'instant publié les résultats de 11 régions sur 16, plaçant le président sortant Nana Akufo-Addo, du Nouveau parti patriotique (NPP), légèrement en tête devant son prédécesseur John Mahama, du Congrès national démocratique (NDC).

Lundi, plus de 17 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes pour choisir entre douze candidats à la magistrature suprême et élire leurs 275 députés, mais le véritable duel se joue entre ces deux candidats qui s'affrontent pour la troisième fois.

Quelques dizaines de partisans avaient commencé à se réunir devant la résidence du chef de l'Etat à Accra, portant un grand carton en forme d'éléphant, le symbole du parti présidentiel, pendant que de nombreuses personnes de son entourage apparaissaient souriantes et confiantes en leur potentielle victoire dans une video live diffusée sur Facebook.

Une centaine de partisans de John Mahama avaient également commencé à se masser devant le siège de la Commission électorale, dansant, chantant, et agitant des drapeaux du parti de l'opposition.

- Incidents isolés -

Les élections s'étaient déroulées globalement dans le calme, même si 5 personnes ont été tuées dans des violences électorales, selon la police.

"Il s'agissait d'incidents isolés, même si certains sont tragiques", a affirmé mercredi le chef de la mission d'observation de l'Union européenne Javier Nart. "Les Ghanéens ont voté lundi librement", a-t-il insisté.

Hormis ces violences, l'élection avait été de manière générale saluée comme un exemple en Afrique de l'Ouest, en proie cette année à plusieurs scrutins violents et contestés, notamment en Côte d'Ivoire voisine.

Toutefois, mardi soir, l'entente cordiale entre les deux candidats qui ont signé un "pacte de paix" les engageant à ne cautionner aucune violence lors du vote et à la proclamation des résultats, s'est effritée et le ton s'est durci.

Mardi soir, John Mahama a prévenu qu'il "résisterait à toute tentative de vol du scrutin" alors que la rumeur selon laquelle il avait concédé la victoire circulait depuis plusieurs heures sur les réseaux sociaux.

John Mahama a également assuré que son parti avait remporté la majorité au parlement, déclaration aussitôt démentie par le ministre de l'Information Kojo Oppong Nkrumah.

"Aucun candidat à ce stade ne devrait saper le travail de la Commission électorale, c'est irresponsable et cela mettrait en danger la paix dans le pays", a-t-il ajouté.

Mardi, la présidence avait publié des estimations de résultats portant sur 91% des bureaux de votes, et donnant le chef de l'Etat sortant vainqueur avec 52,25% des voix, contre 46,44% pour M. Mahama, contrairement aux protocoles en vigueur, qui stipulent que la seule Commission électorale est habilitée à annoncer les résultats et proclamer le vainqueur.

- Troisième face à face -

Ces deux vieux adversaires politiques s'affrontent pour la troisième fois, avec lors des deux précédents scrutins des résultats serrés. En 2012, M. Mahama l'avait emporté avec 50,7% des voix, puis en 2016 ce fut M. Akufo-Addo avec 53,8%.

L'actuel chef de l'Etat bénéficie d'un bilan plutôt positif sur le plan diplomatique et social avec la création de lycées gratuits et un meilleur accès à l'éducation pour tous.

Mais le chômage des jeunes a été un enjeu central dans cette campagne. Plus de la moitié des électeurs ont moins de 35 ans.

Depuis les années 2000, ce pays riche en or, cacao et plus récemment pétrole, a connu une des plus fortes croissances au monde.

Mais certaines régions continuent de vivre dans le plus grand dénuement et la crise provoquée par le coronavirus a durement touché le pays, dont la croissance cette année devrait tomber à 0,9%, selon le FMI (soit le taux le plus bas depuis plus de 30 ans).

De son côté, M. Mahama, considéré comme avenant et proche du peuple, devra faire oublier les accusations de mauvaise gestion économique qui avaient empêché sa réélection.

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