Le Kirghizstan en crise après l'échec de l'opération pour arrêter l'ancien président

Publié le à Bichkek (Kirghizstan) (AFP)

Le Kirghizstan se trouvait jeudi dans une crise politique majeure après l'échec de l'opération lancée la veille par les forces spéciales pour arrêter l'ancien président Almazbek Atambaïev, inculpé pour corruption.

Lors de violents affrontements entre les forces de sécurité et les partisans de M. Atambaïev, un membre des forces spéciales a été tué et un responsable de la police grièvement blessé.

Selon le procureur général, au total 23 civils et 24 membres des forces de sécurité ont été hospitalisés.

Almazbek Atambaïev, 62 ans, président de 2011 à fin 2017, a été inculpé fin juin de corruption par la justice kirghize. Son immunité en tant qu'ancien président a été levée par les députés.

L'ancien chef de l'Etat est soupçonné d'"acquisition illégale de terres" et d'avoir fait libérer un membre d'un clan mafieux, accusations qu'il dénonce comme une manoeuvre politique du nouveau président, son rival Sooronbaï Jeenbekov.

Le président Jeenbekov, qui a écourté ses vacances pour rentrer à Bichkek, a tenu jeudi matin une réunion d'urgence du Conseil de sécurité national où il a accusé M. Atambaïev d'avoir "bafoué de manière grossière" la Constitution en s'opposant aux forces de l'ordre.

Il a appelé les membres du Conseil, parmi lesquels le ministre de l'Intérieur, le procureur général et le chef des services spéciaux, à prendre des "mesures immédiates" visant à maintenir la loi, la paix et la sécurité dans le pays.

- "debout jusqu'à la fin" -

Pour sa part, M. Atambaïev, qui juge les accusations portées contre lui "absurdes", a annoncé son intention de ne pas se laisser faire, disant être prêt à "rester debout jusqu'à la fin" et à s'opposer à son arrestation.

Mercredi, l'opération lancée pour l'arrêter dans sa résidence du village de Koï-Tach, près de la capitale Bichkek, a tourné à la bataille rangée entre les forces de sécurité et les partisans de M. Atambaïev, qui ont pris les armes et dont plus d'un millier sont venus défendre l'ancien président.

Un membre des forces spéciales a été tué par balles, selon le ministère de la Santé.

Un correspondant de l'AFP a vu les policiers et des centaines de partisans de M. Atambaïev se lancer des pierres pendant le face-à-face qui a eu lieu à Koï-Tach.

Le correspondant a vu des partisans de M. Atambaïev désarmer et battre des hommes des forces spéciales pour les prendre ensuite en otages, tandis que d'autres partisans tentaient de les protéger.

Le ministère de la Santé a annoncé jeudi que le chef de la police de la province de Tchouï était dans un état critique à la suite des affrontements.

Selon le procureur général, 23 civils et 24 membres des forces de l'ordre ont été hospitalisés, et le ministère de la Santé a précisé que certains des civils présentaient des blessures par balle.

Pour sa part, M. Atambaïev a pris la parole sur la chaîne de télévision dont il est propriétaire après l'échec de discussions entre le ministère de l'Intérieur et ses représentants.

Le peuple kirghize "ne vivra jamais à genoux, ne sera jamais un troupeau de moutons, ne sera jamais l'esclave du clan dirigeant", a-t-il déclaré.

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