Au lendemain de l'élection présidentielle américaine, le président républicain Donald Trump a lancé mercredi de nouvelles accusations de fraude, fondées sur aucun élément concret, alors que son adversaire démocrate Joe Biden a acquis une légère avance dans les résultats partiels de plusieurs Etats-clés.

La confusion menace de se transformer en crise politico-judiciaire majeure si Donald Trump met à exécution sa menace de saisir la Cour suprême pour invalider certains bulletins par courrier, formulée dans la nuit de mardi à mercredi et critiquée jusque dans le camp républicain.

Pour la première fois depuis 2000, les Américains ne connaissaient pas le nom de leur prochain président au lendemain du scrutin. La participation a été record, notamment par correspondance, et le dépouillement pourrait durer quelques jours dans plusieurs des Etats-clés qui décideront du nom de celui qui prêtera serment le 20 janvier 2021.

Rien qu'en Pennsylvanie, des millions de bulletins n'ont pas encore été comptés, selon un responsable.

"Notre démocratie est mise à l'épreuve dans cette élection", a déclaré le gouverneur de Pennsylvanie, Tom Wolf, appelant à la patience.

Dans le Michigan, la secrétaire d'Etat s'est dit optimiste mercredi pour des résultats officieux avant la fin de la journée.

Au terme d'une longue campagne d'une virulence exceptionnelle, perturbée par la pandémie, les résultats partiels montrent du reste que le dirigeant républicain n'a pas subi la répudiation électorale que les sondages présageaient, prouvant que, même s'il était battu, sa base d'électeurs lui reste largement fidèle. Le milliardaire a dénoncé un ratage d'ampleur "historique" chez les sondeurs.

"Hier soir j'avais une bonne avance, dans de nombreux Etats-clés", a tweeté Donald Trump mercredi matin. "Puis, un par un, ils ont commencé à disparaître magiquement avec l'apparition et le comptage de bulletins surprise".

Son directeur de campagne, Bill Stepien, a déclaré: "Si nous comptons tous les bulletins légaux, nous pensons que le président gagnera".

Mercredi en milieu de journée, Joe Biden avait engrangé une légère avance dans le Wisconsin et le Michigan, au fur et à mesure du comptage de bulletins reçus par courrier, les démocrates ayant massivement choisi de voter par correspondance.

"Nous ne nous accorderons aucun répit jusqu'à ce que chaque bulletin de vote soit compté", a tweeté l'ancien vice-président de Barack Obama.

Sa directrice de campagne s'est dite sûre de la victoire. Et l'équipe Biden a mis au défi Donald Trump de saisir la Cour suprême, jugeant invraisemblable d'exclure des bulletins simplement parce qu'ils n'ont pas été comptés le jour de l'élection.

"Il risque l'une des défaites les plus embarrassantes qu'un président ait jamais subies devant la plus haute juridiction du pays", a assuré Bon Bauer, avocat du camp Biden.

- Etats débordés -

Jamais autant d'Américains n'avaient participé à l'élection présidentielle depuis que les femmes ont le droit de vote: 160 millions d'électeurs ont voté, soit une participation estimée à 66,9%, contre 59,2% en 2016, selon le US Elections Project, plus encore qu'en 2008 quand Barack Obama avait été élu.

Nombre d'Etats ont été débordés par le déluge de bulletins envoyés par correspondance, encouragés en raison de la crise sanitaire. Ouvrir les enveloppes et scanner ces bulletins pourrait dans certaines villes prendre plusieurs jours, en particulier à Philadelphie, fief démocrate.

Et si la justice s'en mêlait, comme en 2000, "cela pourrait durer des semaines", a dit mercredi à l'AFP Ed Foley, spécialiste du droit électoral à l'Ohio State University.

Selon lui, l'expérience a montré que la majorité des bulletins envoyés par courrier devrait porter le nom de Joe Biden, ce qui explique l'évolution favorable des résultats partiels dans les dernières heures, mais aucun média ne se risquait à faire de pronostic.

- Six Etats en suspens -

Même chez les républicains, la menace du président de saisir la justice choquait. "Cet argument n'a aucun fondement, aucun", a lâché le républicain Chris Christie, ancien procureur fédéral et gouverneur, qui a conseillé Donald Trump pour la préparation des débats présidentiels.

"Stop. Les bulletins seront comptés et soit vous perdrez, soit vous gagnerez. Et l'Amérique l'acceptera. La patience est une vertu", a tweeté le parlementaire républicain Adam Kinzinger.

Une certitude: la vague démocrate "bleue", espérée par certains dans le camp Biden, qui se prenaient à rêver de victoires historiques par exemple au Texas, n'a pas eu lieu.

Le président sortant a conservé la Floride, faisant mentir de nombreux sondages, ainsi que le Texas, bastion conservateur qui avait un temps semblé menacé, et l'Ohio, remporté depuis 1964 par tous les candidats qui ont aussi accédé à la présidence.

Mais le chemin pour décrocher un second mandat reste étroit: il doit remporter l'essentiel des autres Etats-clés qui avaient contribué à sa victoire surprise de 2016.

Dans le système américain, le président est élu au suffrage universel indirect: les électeurs désignent, Etat par Etat, des grands électeurs. Un candidat doit obtenir au moins 270 des 538 grands électeurs. Mercredi matin, le président sortant (213) était en léger retard face au démocrate (238).

A la différence du président, Joe Biden disposait de plusieurs scénarios pour décrocher la victoire. Il était donné vainqueur par certains médias dans l'Etat crucial de l'Arizona, bien que les républicains le contestent. Il semblait en bonne posture dans le Nevada.

Si cela se confirme, il devra gagner au moins deux ou trois des Etats disputés du Nord industriel (Pennsylvanie, Michigan, Wisconsin) et de l'Est (Géorgie, Caroline du Nord), tous ayant été remportés par Donald Trump il y a quatre ans.

Or Joe Biden était en avance mercredi matin dans le Wisconsin et le Michigan, selon des résultats partiels. La directrice de campagne démocrate a dit s'attendre à ce que les deux Etats soient tranchés dès mercredi en faveur de M. Biden, ce qui, avec l'Arizona et le Nevada, lui assurerait 270 grands électeurs.

Quant à la Pennsylvanie, Donald Trump avait mercredi plus de 500.000 voix d'avance au total, mais son avance pourrait fondre après la prise en compte de bulletins envoyés par courrier. Ceux déjà comptés étaient à 78% pour Joe Biden.

C'est notamment dans cet Etat que M. Trump voudrait faire intervenir la Cour suprême.

En amont du scrutin, elle avait déjà été saisie par les républicains de Pennsylvanie pour empêcher le décompte des bulletins postés avant mardi soir mais qui arriveraient dans les trois jours suivant l'élection.

La haute juridiction avait refusé de se prononcer en urgence mais, si le résultat est serré, elle devra examiner le fond du dossier et dire s'il faut invalider ou non les bulletins arrivés entre mercredi et vendredi.

Quoiqu'il arrive, le prochain président devra composer avec le Congrès.

Comme cela était largement anticipé, les démocrates ont gardé le contrôle de la Chambre des représentants, mais on ignorait encore si le Sénat resterait aux mains des républicains.