Encore peu utilisé, voire contesté, il y a quelques mois, le mot féminicide est entré dernièrement dans le langage courant, politique et médiatique pour qualifier les meurtres de femmes par leur conjoint ou ex-conjoint, même si son introduction dans le code pénal fait débat.

Le mot féminicide, ou "femicide" en anglais, vient de la contraction des termes féminin (female en anglais) et homicide.

Théorisé en 1992 par la criminologue britannique Jill Radford et la sociologue américaine Diana Russell dans leur ouvrage "Femicide, The Politics of Woman Killing ("Féminicide, l'aspect politique du meurtre des femmes", non traduit), il définit les "meurtres à mobile mysogyne".

Ce mot a ensuite été largement popularisé en Amérique latine, continent très mobilisé contre les "feminicidios" après plusieurs cas de meurtres de femmes particulièrement sordides. Depuis 2007, plus d'une dizaine de pays latino-américains, dont le Mexique, le Chili ou l'Argentine, ont introduit ce concept dans leur code pénal.

L'utilisation de ce terme, reconnu par des instances internationales comme l'Organisation des Nations unies (ONU) ou l'Organisation mondiale de la santé (OMS), est toutefois restée timide en Europe, sauf en Espagne et en Italie.

En France, le féminicide a fait son entrée dans un dictionnaire, Le Petit Robert, en 2015 pour désigner le "meurtre d'une femme, d'une fille en raison de son sexe" mais n'était l'apanage que des militantes féministes.

A la faveur d'une forte mobilisation de la société civile contre les meurtres de femmes par leur compagnon ou ex-compagnon, plus d'une tous les trois jours, il apparaît ces derniers mois en Une de journaux et dans les débats.

"Ce mot est sorti du cercle militant dans lequel il était pour rentrer dans le langage courant", constate Sophie Gourion, créatrice en 2016 du blog "les mots tuent", où elle collecte et analyse des articles de presse relatant des faits de violences contre les femmes.

"Simone de Beauvoir disait +Nommer c'est dévoiler et dévoiler c'est agir+. Employer féminicide montre la spécificité sexiste de ces crimes, qui ne sont pas des disputes de couples mais bien des meurtres de masse", déclare-t-elle à l'AFP, se réjouissant de le voir apparaître dans le vocabulaire de personnalités politiques, dont Emmanuel Macron, de procureurs ou de journalistes.

L'usage de ce terme sans existence juridique est toutefois encore contesté car la France "est encore dans la romantisation des violences", estime Mme Gourion, citant en exemple quelques uns des titres de presse recensés sur son site: "Il l'aimait trop, il l'a tuée" ou bien "Le boxeur cocu met sa femme KO".

En juillet, les familles et proches de 34 victimes avaient appelé à l'inscrire dans le code pénal, "en tant que crime machiste et systémique".

Mais pour plusieurs juristes interrogés par l'AFP une introduction dans le droit serait "inutile" et ne "changerait rien", le code pénal reconnaissant la circonstance aggravante de meurtre par conjoint, passible de la réclusion criminelle à perpétuité.