En attendant le nouveau gouvernement qui sera "probablement" dévoilé lundi matin, le Premier ministre Jean Castex lève dimanche un coin du voile sur le plan de relance face à la crise économique et sociale post-coronavirus.

Le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand a indiqué dimanche sur France 3 que le nouveau gouvernement serait annoncé "demain matin probablement", alors que Jean Castex assure, dans un entretien au Journal du dimanche, mettre "les bouchées doubles" avec Emmanuel Macron pour l'annoncer au plus vite.

Selon un proche du chef de l'Etat, l'annonce devrait se faire "en deux temps", d'abord les ministres, puis les secrétaires d'État.

Jean Castex doit en outre recevoir lundi soir députés et sénateurs de la majorité, a indiqué une source parlementaire, confirmant une information de franceinfo.

Le remaniement s'annonce "de grande ampleur", selon l'entourage du chef de l'Etat, assurant qu'il y aura "de nouveaux talents" et "des personnalités venues d'horizons différents".

Mais, répondant aux rumeurs sur une équipe resserrée autour de grands pôles principaux, Jean Castex affirme ne "pas être sûr que des périmètres trop étendus soient forcément la garantie d’une plus grande efficacité".

A ceux qui le voient comme un simple exécutant, le nouveau Premier ministre répond que le chef de l'Etat ne veut pas faire de lui "un subordonné voué aux tâches secondaires".

"Quand vous aurez appris à me connaître, vous verrez que ma personnalité n’est pas soluble dans le terme de +collaborateur+", lance-t-il.

- "Reconstruction" et "protection" -

Pour François Bayrou, patron du MoDem, allié de la majorité, Jean Castex sera "un Premier ministre de premier plan" de par son "expérience", et parce que "la gravité de la crise qui vient (...) impose un rassemblement des forces et une impulsion nouvelle".

Rappelant son "souci de rassembler", Jean Castex avertit toutefois ne pas croire au "consensus mou", en soulignant que "le temps est à l’action".

L'ancien "Monsieur déconfinement", qui a fait sa première sortie officielle samedi dans une entreprise de haute technologie en difficultés, souligne que "l’épidémie a changé la donne".

"La France se retrouve face à deux défis: la crise sanitaire" et "la reconstruction de notre économie et la protection des Français".

L'objectif n'est pas "simplement agir sur le court terme" pour "éviter le maximum de licenciements": il faut aussi regarder "comment on peut assurer le fondement d'une relocalisation, d'un maintien durable des emplois industriels et exposés à la concurrence" internationale en France, explique-t-il.

Il affirme aussi vouloir s'attaquer rapidement aux dossiers sensibles, comme celui des retraites, qui a donné lieux à des mois de conflit social. Il entend le régler "à court terme", avec, "a minima, un nouvel agenda social".

Quant au Ségur de la Santé, suspendu en fin de semaine faute d'accord avec les syndicats avant le remaniement, il souhaite le conclure "la semaine prochaine", alors qu'une enveloppe de sept milliards d'euros est sur la table pour les salaires des soignants.

- "L'écologie, c'est maintenant ou jamais" -

Après la forte percée verte aux municipales, l'écologie n'est "pas une option" mais "une obligation", répète aussi M. Castex, qui veut "accélérer" les décisions en listant "avec les acteurs locaux tout ce que l’on peut faire immédiatement", de la lutte contre les fuites dans les réseaux d’eau au bien-être animal en passant par l’isolation thermique des bâtiments.

"Le temps est venu de faire un choix franc", appelle l'ex-ministre de l'Ecologie Nicolas Hulot, qui avait claqué la porte du gouvernement en 2018, dans une tribune au Parisien dimanche.

"L'écologie, c'est maintenant ou jamais", lance-t-il à la majorité présidentielle et au nouveau gouvernement, jugeant que "malgré les discours, l'Etat n'est toujours pas au rendez-vous de la transformation".

Chez les Verts, l'eurodéputé EELV Yannick Jadot voit dans le JDD une "parfaite continuité entre Jean Castex et Edouard Philippe" qui, selon lui, "n’ont jamais marqué un quelconque intérêt pour le climat ou la biodiversité".

Au sein des Républicains, qui perdent un nouveau transfuge après Edouard Philippe, Bruno Le Maire ou encore Gérald Darmanin, le vice-président de LR Gilles Platret a mis en garde contre les futures tentatives de recrutement gouvernemental, appelant à dire "non" pour "ne pas se renier".