Mohammed Allawi, nommé samedi Premier ministre d'Irak, est un ancien ministre des Télécommunications qui hérite de la difficile tâche de former un gouvernement avec une classe politique divisée et de répondre aux attentes d'un mouvement de contestation populaire.

Après des semaines de tractations, les blocs politiques au Parlement sont finalement parvenus samedi à un consensus sur son nom.

Agé de 65 ans, M. Allawi succède à Adel Abdel Mahdi qui était resté au pouvoir seulement un an, et avait jeté l'éponge en décembre dernier, sous la pression de la rue.

Dans une vidéo postée sur Twitter où il a annoncé sa nomination, il s'est dit au service des manifestants qui accusent la classe politique d'incompétence et de corruption et réclament un Premier ministre indépendant.

Plus tard sur la télévision d'Etat, il a promis de former un gouvernement représentatif, tenir des élections anticipées et s'assurer que justice sera rendue pour les manifestants tués lors du mouvement de contestation qui a été marqué par la mort de centaines de personnes, autant de demandes clé des protestataires.

Mais la rue semble partagée après l'annonce de sa nomination.

En soirée, avant l'intervention télévisée, de nombreux manifestants ont conspué son nom dans la capitale Bagdad et dans plusieurs villes du Sud, estimant que M. Allawi faisait partie de la classe politique aux commandes du pays depuis des années, et qu'ils rejettent.

- Ancien député et ministre -

Sur un mur de la place Tahrir, épicentre de la contestation à Bagdad, son portrait était barré d'une croix depuis plusieurs semaines, aux côtés d'autres personnalités pressenties pour succéder à M. Abdel Mahdi.

Les partisans du très influent leader chiite Moqtada Sadr, à la tête du plus grand bloc parlementaire, lui ont en revanche affiché leur soutien.

Né à Bagdad, M. Allawi a débuté sa carrière politique après l'invasion américaine de l'Irak en 2003 ayant provoqué la chute du dictateur Saddam Hussein. Il est alors élu député.

Son cousin Iyad Allawi, qui était proche des Américains, a d'ailleurs eu de hautes responsabilités politiques dans ces années-là.

Mohammed Allawi a été ensuite ministre des Télécommunications à deux reprises, entre 2006 et 2007, puis entre 2010 et 2012, dans le gouvernement de Nouri al-Maliki.

Il essaye alors de mettre en oeuvre des mesures contre la corruption mais finit par démissionner les deux fois, accusant M. Maliki (Premier ministre de 2006 à 2014), de fermer les yeux sur ce fléau.

De confession chiite, il a été membre un temps d'Iraqiya, le bloc laïque dominé par les sunnites et dirigé par Iyad Allawi, mais se dit aujourd'hui "indépendant".

Après son départ du gouvernement en 2012, Mohammed Allawi a résidé en Grande-Bretagne et au Liban, où il a obtenu un diplôme d'ingénieur en 1980 à l'Université américaine de Beyrouth (AUB).

Si les manifestants lui reprochent ses liens avec la classe au pouvoir, certains dirigeants irakiens voient en lui un novice incapable de se frotter aux difficultés de la politique irakienne.

Un responsable ayant brièvement collaboré avec lui a indiqué que M. Allawi n'était pas "dans la confrontation".

Une source politique voit elle en M. Allawi une "faible personnalité" qui "travaillera à satisfaire les partis qui l'ont porté au pouvoir".

Le nouveau Premier ministre a désormais un mois pour former son cabinet, qui devra être approuvé par un vote de confiance au Parlement.