Le Parlement a définitivement adopté jeudi le budget 2021 et ses vertigineuses dépenses d'urgence et de relance face à la crise sanitaire, avec des inquiétudes des différents bords politiques sur l'aggravation de la précarité et le remboursement de la "dette Covid".

L'Assemblée nationale a soutenu ce projet de loi de finances par 91 voix contre 33. Les groupes d'opposition de gauche comme de droite ont voté contre, sauf l'UDI.

La crise sanitaire a parasité à plusieurs reprises ce marathon budgétaire de l'automne, poussant le gouvernement à réajuster à la baisse ses prévisions macroéconomiques pour 2021 et à prolonger les aides d'urgence pour les secteurs sinistrés comme la restauration ou l'événementiel.

Dans la dernière ligne droite, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire avait annoncé la mobilisation de 20 milliards d'euros d'aides en 2021, dédiés notamment au chômage partiel et au fonds de solidarité pour les entreprises encore fermées ou au ralenti en début d'année.

Après une récession attendue à 11% du PIB en 2020, le gouvernement table sur un rebond économique de 6% du PIB en 2021, un déficit de 8,5% et une dette qui s'envole à 122,4% du PIB, dans un contexte de grande incertitude.

Face à "une crise inédite", le ministre du Budget Olivier Dussopt a insisté sur le rôle du plan de relance pour "proposer une perspective", grâce à une enveloppe globale de 100 milliards d'euros jusqu'en 2022.

"Les investissements sont là pour préparer la France de 2030", a complété le rapporteur général Laurent Saint-Martin (LREM), plaidant pour "une culture de l'optimisme".

En 2021, la mission "plan de relance" compte 22 milliards d'euros de crédits, dont trois milliards pour la rénovation énergétique des bâtiments ou 4 milliards fléchés vers les "jeunes" et leur entrée dans la vie professionnelle.

L'enjeu sera de déployer les crédits efficacement. "Il n'y a pas une minute à perdre", insiste Bruno Le Maire.

La droite a apporté son soutien à la mission "relance" même si elle trouve le plan tardif et trop peu ciblé et certaines dépenses "sans lien avec la crise".

La gauche juge en revanche cette relance très en deçà des besoins, insuffisamment tournée vers la "demande" et l'écologie. Précaires et jeunes sont les "grands oubliés", selon la cheffe du groupe PS Valérie Rabault, qui réclame le rétablissement de l'impôt de solidarité sur la fortune ou une "contribution des plus aisés".

- "Quelqu'un va payer" -

Chez LFI, Eric Coquerel a défendu en vain une ultime motion de rejet du texte. Il redoute "l'aggravation d'une nouvelle épidémie, sévère, celle de la pauvreté".

Gauche et écologistes ont ferraillé contre la baisse programmée de 10 milliards d'euros des impôts de production des entreprises, une mesure de compétitivité profitable selon eux aux plus grandes sociétés, "sans contrepartie sociale ou écologique".

Ce débat sur les contreparties a aussi eu lieu dans la majorité, qui s'est accordée pour demander aux entreprises de plus de 50 salariés d'améliorer leur "performance" en matière "écologique, de parité et de gouvernance", avec divers indicateurs.

En matière écologique, ce budget renforce le malus auto pour l'achat des véhicules les plus émetteurs de CO2.

Le durcissement de cette taxe est un peu moins rapide que prévu, car le gouvernement a dans le même temps mis en place pour 2022 un malus au poids pour les véhicules les plus lourds, comme les SUV, à partir de 1,8 tonne. Un seuil jugé trop élevé par les écologistes, alors que la Convention citoyenne pour le climat le réclamait dès 1,4 tonne.

La droite a combattu ce malus "punitif".

Durant les débats dans les deux chambres, se sont aussi fait entendre des différents camps des inquiétudes quant au niveau de la dette, qui "obère le futur des jeunes générations" pour la sénatrice Vanina Paoli-Gagin (Indépendants) et "qui à terme pèsera sur les dépenses sociales", selon sa collègue écologiste Sophie Taillé-Polian.

"Quelqu'un va payer un jour", a prévenu à l'Assemblée le président de la commission des Finances Eric Woerth (LR), réclamant des "réformes structurelles".

Le gouvernement assure que toute hausse d'impôt est exclue et attend les conclusions d'ici fin février d'une commission sur le sujet, présidée par l'ancien ministre Jean Arthuis.

Le "redressement des finances publiques" fera l'objet de "débats dans les prochaines semaines et les prochains mois", a relevé Olivier Dussopt.