Tournant le dos à près d'un demi-siècle dans le giron européen, le Royaume-Uni a entamé vendredi, en même temps que 2021, sa nouvelle vie d'après le Brexit, sans perturbations immédiates mais avec de nombreuses inconnues.

Quatre ans et demi après le référendum de 2016, le Brexit, officiel depuis fin janvier, est devenu définitif à 23H00 locales et GMT jeudi quand le pays a quitté le marché unique et l'union douanière à l'issue d'une période transitoire destinée à amortir le choc.

Dans le Daily Telegraph, le Premier ministre Boris Johnson, grand artisan du Brexit, assure que 2021 sera "une année de changement et d'espoir", vantant l'accord de libre-échange conclu juste avant Noël avec Bruxelles.

- Contrôles douaniers -

Vendredi matin, alors que les premiers ferries sont partis vers la France, le port anglais de Douvres est resté plongé dans le calme, sans les encombrements tant redoutés en raison des nouvelles formalités douanières et inspections entrées en vigueur. Des policiers vérifient que les routiers sont en règle et qu'ils sont négatifs au coronavirus avant de les laisser poursuivre leur route.

A son arrivée à Calais, le "Pride of Kent" de la compagnie P&O Ferries, a déversé 36 camions sur les quais, dont trois ont été orientés vers des contrôles supplémentaires, les autres étant autorisés à poursuivre leur route, a constaté l'AFP.

Les entreprises doivent désormais se soumettre à des formalités dans les deux sens, et déclarer aux douanes françaises leurs marchandises, en amont sur internet, via le système informatique baptisé "frontière intelligente".

Près de 200 camions ont aussi emprunté le tunnel sous la Manche dans la nuit, "sans aucun problème" malgré le rétablissement de formalités douanières, selon son exploitant Getlink.

"Maintenant, je n'ai plus de problème, j'ai fait des tests pour le coronavirus, j'ai vérifié mes marchandises, mes documents", témoigne auprès de l'AFP Victor, un routier ukrainien.

Car si l'accord commercial conclu in extremis avec Bruxelles ne prévoit ni quota ni droits de douane et évite un "no deal" dévastateur, le bouleversement est réel. La libre circulation permettant aux marchandises comme aux personnes de passer sans entrave la frontière a cessé - sauf entre l'Espagne et l'enclave britannique de Gibraltar, ainsi qu'entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande.

- "Retards" redoutés au Pays de Galles -

Malgré ces nouvelles contraintes avec le principal marché du Royaume-Uni, le conservateur Boris Johnson a fait miroiter à ses compatriotes une nouvelle ère pleine de promesses et une place renforcée dans le monde pour son pays, comme champion du libre-échange.

Des accords commerciaux ont déjà été signés avec une soixantaine de pays, dont le Japon, mais le compromis tant convoité avec les Etats-Unis pourrait buter sur le départ de Donald Trump, Brexiter convaincu contrairement à son successeur à la Maison Blanche, Joe Biden.

Dans l'immédiat, c'est un pays gravement endeuillé par la pandémie - plus de 73.500 morts, l'un des pires bilans en Europe - et frappé par sa pire crise économique en trois siècles qui a quitté l'orbite européenne.

Boris Johnson doit aussi tourner la page d'une saga orageuse qui l'a emmené au plus haut de l'échelle politique, mais a déchiré les Britanniques. L'unité du Royaume est fissurée, en particulier du côté de l'Ecosse qui a voté à une large majorité pour rester dans l'UE et rêve d'indépendance.

Et si le calme règne vendredi, des perturbations autour des ports sont anticipées avec la reprise d'activité à plein régime la semaine prochaine, si les nouvelles formalités ralentissent la circulation et allongent les files de camions.

Ainsi, le port de Holyhead, important terminal au Pays de Galles, proche de l'Irlande, pourrait connaître "des retards au cours des prochaines semaines", a prévenu sur Twitter le centre d'information routière gallois. Six chargements y ont été refusés vendredi car ils n'étaient pas en règle.

"Nous allons désormais voir les 80 milliards d'euros d'échanges commerciaux à travers la mer d'Irlande entre le Royaume-Uni et l'Irlande perturbés par beaucoup plus de contrôles et de déclarations, de la bureaucratie et de la paperasserie, et des coûts et retards", a regretté le chef de la diplomatie irlandaise, Simon Coveney, sur la BBC.

Contrairement à l'UE, le gouvernement britannique a décidé de mettre en oeuvre graduellement les contrôles douaniers, qui ne concerneront toutes les marchandises qu'à partir de juillet.

L'accord de libre-échange prévoit aussi, pour éviter toute concurrence déloyale, des sanctions et des mesures compensatoires en cas de non respect de ses règles en matière d'aides d'Etat, d'environnement, de droit du travail et de fiscalité.