Le Kirghizstan élit dimanche un nouveau parlement, des législatives qui suscitent des craintes d'achat de voix et d'autres irrégularités dans un pays fragilisé par la pandémie de Covid-19.

Les bureaux de vote ont ouvert à 2H00 GMT et fermeront à 14H00 GMT, les premiers résultats étant attendus dans la journée.

Dans un environnement de régimes autoritaires, ce pays montagneux reste un îlot de pluralisme en Asie centrale ex-soviétique.

Mais avec l'épidémie de coronavirus qui a aggravé la pauvreté de la population, beaucoup mettent en garde contre le risque d'une corruption massive du vote par les partis les plus riches.

Et un journaliste de l'AFP a pu observer plusieurs minibus garés derrière un bureau de vote dans le village de Besh-Kunguey, où la queue pour voter comprenait des dizaines de soldats mais aussi de civils habillés très différemment des habitants du village, tandis que des hommes baraqués en survêtement surveillaient la queue.

La commission électorale centrale a reconnu que près de 500.000 électeurs (sur un total de 3,5 millions) avaient modifié leur lieu de vote avant l'élection.

A Bichkek, Aisuluu Alybaïeva, une enseignante de 34 ans, confie à l'AFP espérer que les élus qui siègeront au Parlement n'appartiendront pas aux partis qui "achètent les gens", pour parfois seulement 25 dollars, selon des témoins.

La pandémie, qui a atteint un sommet en juillet au Kirghizistan, a montré aux électeurs "comment (les fonctionnaires) travaillent", estime cette électrice. "Lorsque la pandémie a frappé, nos députés ont pris leurs vacances" comme prévu.

- Electeurs venus d'ailleurs -

Et dans ce pays pauvre encore appauvri par la pandémie, il est facile de tenter les électeurs. Le procureur de la République a annnoncé avoir ouvert une enquête sur des accusations selon lesquelles un parti aurait acheté des votes contre des sacs de charbon.

"Suis-je la seule à voter selon ma conscience?", lâche devant un bureau de vote de Bichkek Svetlana Lavrova, 55 ans, racontant à l'AFP comment elle a vu elle aussi des dizaines de personnes arriver par minibus, et être accueillies par des hommes leur donnant des papiers avant qu'elles n'entrent dans le bureau de vote.

Sur 16 partis en compétition, deux sont certains d'obtenir des sièges au parlement qui comprend au total 120 députés.

Le parti Birimdik est considéré comme loyal au président Sooronbaï Jeenbekov et compte parmi ses candidats le frère du président, l'ex-chef du parlement Asylbek Jeenbekov.

Son principal rival, Mekenim Kirghizstan (Ma Patrie le Kirghizstan), est allié à la puissante famille Matraïmov, dont le chef de file Rayimbek Matraïmov, un ancien responsable des douanes, a été la cible de manifestations contre la corruption l'an passé.

- Alliance avec la Russie -

Ces deux partis se sont exprimés en faveur d'une poursuite de l'intégration à l'Union économique eurasiatique menée par Moscou, qui a amélioré le statut des centaines de milliers de migrants kirghizes travaillant en Russie depuis que le Kirghizstan l'a rejointe en 2015.

Mais le président du parti Birimdik, Marat Amankoulov, a suscité l'indignation en déclarant qu'il était "temps" de revenir dans le giron de Moscou, ses rivaux l'accusant de brader l'indépendance kirghize acquise à la chute du régime soviétique en 1991.

Au cours d'une rencontre avec le président russe Vladimir Poutine à Sotchi (sud-ouest de la Russie) lundi, le président kirghize a estimé que des "forces" avaient l'intention d'"enfoncer un coin dans l'alliance" entre la Russie et le Kirghizstan, une allusion apparente à une manifestation en faveur de la souveraineté qui a eu lieu à Bichkek dimanche dernier.

Les révolutions qui avaient forcé au départ deux présidents autoritaires en l'espace de cinq ans ont conduit à la rédaction d'une nouvelle Constitution en 2010 pour équilibrer les pouvoirs et contenir la confrontation politique.

La loi électorale impose qu'aucun parti ne puisse obtenir plus de 65 sièges sur les 120 que compte le parlement, et limite les présidents à un seul mandat de six ans.

Sooronbaï Jeenbekov pourrait espérer un parlement loyal pour assurer son avenir après la fin de son mandat en 2023, sachant que son prédécesseur Almazbek Atambaïev est aujourd'hui en prison.

Les tensions entre les deux hommes après la victoire électorale de M. Jeenbekov en 2017 ont atteint leur paroxysme l'année dernière, avec des échanges de tirs à la résidence de M. Atambaïev lorsque les forces de l'ordre sont allées l'interpeller.

Il a été condamné en juin à 11 ans de détention pour avoir fait relâcher un des chefs du crime organisé.