Le Premier ministre socialiste Antonio Costa, qui dirige le Portugal depuis 2015 avec le soutien de la gauche radicale, est le grand favori aux législatives de dimanche, grâce à son bon bilan économique dans un pays encore marqué par des années d'austérité.

Si l'ancien maire de Lisbonne est reconduit au pouvoir, le Portugal resterait l'un des rares pays d'Europe où les socialistes ont le vent en poupe. Ce scrutin, marqué par une faible mobilisation, devrait aussi confirmer l'absence de la droite populiste du paysage politique.

A 15H00 GMT (16H00 locales), la participation était en baisse à 38,6% contre 44,4% en 2015, selon le ministère de l'Intérieur.

Le Premier ministre sortant, 58 ans, est crédité de 36 à 39% des voix contre 25 à 30% pour le Parti social-démocrate (PSD, centre droit).

Il ne devrait toutefois pas parvenir à la majorité absolue au sein du Parlement de 230 sièges, ce qui l'obligera à chercher l'appui d'autres formations.

Des projections à la sortie des urnes sont attendues à 19H00 GMT (20H00 locales).

Fin tacticien, M. Costa avait réussi à former un gouvernement minoritaire en 2015, en dépit de sa défaite face à la droite, grâce au soutien parlementaire du Bloc de gauche (gauche radicale) et des communistes. Un pacte inédit surnommé péjorativement la "geringonça" (attelage de bric et de broc) par ses adversaires, mais qui lui a permis de tenir quatre ans.

- Reprise spectaculaire -

Sous son mandat, l'économie portugaise a consolidé spectaculairement sa reprise après la cure de rigueur drastique ayant suivi le sauvetage financier du pays en 2011.

La croissance est au plus haut depuis le début des années 2000, le chômage est revenu à son niveau d'avant-crise et le déficit public devrait être ramené à 0,2% du PIB cette année. La dette avoisine toujours en revanche les 120%.

Le socialiste a su accélérer la levée des mesures d'austérité tout en profitant de la bonne conjoncture pour continuer à réduire le déficit.

Son meilleur argument électoral même si les Portugais se plaignent toujours des bas salaires, d'une dégradation des services publics et de la hausse des prix de l'immobilier entraînée par l'explosion du tourisme.

"Nous sommes sortis d'une période très difficile (...). C'est sûr qu'on respire mieux maintenant", a témoigné Ana Maria Varela, professeure universitaire de 65 ans, après avoir voté à Lisbonne "pour la gauche".

Abstentionniste, Carlos Pereira, restaurateur de 54 ans, espère lui que le prochain gouvernement mettra "fin à la spéculation immobilière honteuse".

"Avec moi, les Portugais savent qu'il n'y aura ni radicalisme ni retour en arrière", a fait valoir M. Costa vendredi en fin de campagne.

Son adversaire, le chef du PSD Rui Rio, a déjà semblé accepter sa défaite vendredi. "Ce serait agréable de pouvoir dire que je suis presque sûr de gagner, mais ce n'est pas le cas".

- Incendies meurtriers -

L'ancien maire de Porto (nord) est toutefois parvenu à réduire l'écart le séparant de M. Costa en centrant ses attaques sur une rocambolesque affaire de vol d'armes dans une caserne militaire, dans laquelle a été impliqué l'ancien ministre de la Défense.

M. Costa a par ailleurs fait un faux-pas vendredi en perdant son sang-froid face à un électeur critiquant sa gestion des incendies meurtriers de 2017, des images devenues virales.

Les alliés du socialiste depuis 2015, Bloc de Gauche et PC, avec qui il pourrait sceller un nouveau pacte, devraient ensemble récolter environ 17% des voix, un score légèrement inférieur à celui de 2015.

Dans un contexte économique "moins favorable", il pourrait cependant être "plus difficile" pour M. Costa de "faire des concessions à sa gauche", note le politologue Antonio Costa Pinto.

"Les années qui viennent ne seront pas faciles", a prévenu dimanche le président conservateur Marcelo Rebelo de Sousa, en évoquant "un ralentissement de l'économie mondiale qui touche tous les pays".

Probable surprise du scrutin, le petit parti animaliste PAN pourrait récolter jusqu'à 4% des voix. Et être un allié potentiel de plus pour M. Costa.