Le président du Salvador, Nayib Bukele, a d'ores et déjà clamé "victoire" aux élections législatives de dimanche, ses alliés arrivant en tête des premiers résultats portant sur environ 20% des bulletins de vote.

"Victoire", a tweeté le jeune président âgé de 39 ans dimanche soir, avec une vidéo de feux d'artifice dans la capitale San Salvador.

Il a également tweeté un sondage réalisé à la sortie des urnes par la société costa-ricaine Cid Gallup assurant que Nuevas Ideas, le parti qu'il a fondé et qui participait pour la première fois à un scrutin, avait obtenu une large majorité à l'Assemblée nationale avec plus de 67% des voix. Les données techniques du sondage n'ont pas été précisées.

Ensemble, Nuevas Ideas et le parti de la Grande Alliance Nationale (Gana, centre droit) qui avait présenté M. Bukele à l'élection présidentielle en 2019 obtiennent plus de la moitié des voix selon un premier décompte partiel publié dimanche soir par le Tribunal électoral suprême (TSE).

Si cette tendance se confirme, M. Bukele pourrait atteindre son objectif de contrôler le Parlement unicaméral auquel il a dû s'affronter durant les deux premières années de son mandat de cinq ans, non renouvelable. Les résultats définitifs devraient être connus durant la semaine voire dans les quinze jours. Les nouveaux députés ne prendront leurs fonctions que le 1er mai.

- Participation de 51% -

Les premiers résultats semblent attribuer une position minoritaire aux deux partis d'opposition qui dominaient jusqu'alors le Parlement, à droite l'Alliance républicaine nationaliste (Arena) et à gauche le Front Farabundo Marti de Libération Nationale (FMLN, ex-guérilla marxiste).

Arena et FMLN ont dominé la vie politique au Salvador depuis les accords de paix de 1992 qui avaient mis fin à 12 ans de guerre civile.

Les bureaux de vote ont fermé leurs portes à 17H00 locales (23H00 GMT). La participation s'est établie à 51%, a déclaré aux journalistes la présidente du TSE, Dora Martinez, jugeant ce taux positif en ces temps de pandémie qui a imposé aux électeurs masques, gel hydroalcoolique et distances de sécurité.

Dix partis étaient en lice. Les électeurs devaient choisir 84 députés ainsi que 262 maires et 20 députés au Parlement centro-américain (Parlacen, une assemblée d'intégration régionale), tous élus pour trois ans.

Des retards dans l'ouverture de bureaux de vote ont suscité la colère de M. Bukele qui a accusé sur Twitter le TSE de "corruption et d'incompétence" puis dénoncé, lors d'une conférence de presse, des "irrégularités non intentionnelles et également intentionnelles".

Après une campagne marquée par des violences et la mort de deux militants du FMLN, des manifestations ont eu lieu en soirée mais le scrutin s'est déroulé calmement, sous l'oeil de quelque 40.000 membres des forces de sécurité et d'observateurs internationaux.

Le vote s'est déroulé "dans le calme", a assuré dimanche à la mi-journée Maria Eugenia Vidal, qui a dirigé la mission d'observateurs de l'Organisation des Etats américains.

- "Vote tranquille" -

Otto Madrid, observateur électoral d'un organisme indépendant au Salvador, le Centre d'échanges et de solidarité (Centro de Intercambio y Solidaridad, CIS), a témoigné à l'AFP d'un "vote tranquille" dans le bureau qu'il surveillait.

Le scrutin pourrait marquer la consolidation du pouvoir de M. Bukele auquel les sondages pré-électoraux prédisaient une majorité absolue des députés. En contrôlant le pouvoir législatif, il peut également faire nommer des juges à la Cour suprême et au parquet général, deux institutions avec lesquelles il a déjà eu maille à partir.

Accusé d'autoritarisme par ses détracteurs, il a durement critiqué les partis traditionnels, discrédités lors de leur passage au pouvoir par des affaires de corruption, et bénéficie d'une popularité toujours inoxydable en affichant sa volonté de lutter contre l'insécurité et le crime organisé.

"Pour la démocratie, il n'est jamais bon que le pouvoir soit concentré dans un seul parti", a averti l'analyste et professeur de sciences politiques Juan Ramon Medrano.