A l'issue des législatives au Venezuela, le parti du président Nicolas Maduro devrait reprendre dimanche le contrôle du parlement, unique bastion d'une opposition dirigée par un Juan Guaido en perte d'influence qui boycotte le scrutin pour tout miser sur une consultation parallèle.

Quelque 20 millions d'électeurs sont appelés aux urnes dimanche par le Conseil national électoral (CNE) pour renouveler l'Assemblée nationale portée à 277 sièges contre 167 avant une récente réforme constitutionnelle.

Le parlement unicaméral présidé par Juan Guaido est le seul contre-pouvoir contrôlé par l'opposition depuis les dernières législatives de 2015 qui avaient mis fin à 15 ans d'hégémonie chaviste, du nom de l'ancien président Hugo Chavez (1999-2013).

Mais son pouvoir n'est que symbolique car toutes ses décisions sont annulées par la Cour suprême acquise à Maduro, et c'est l'Assemblée constituante, uniquement formée de militants chavistes, qui depuis 2017 remplace dans les faits l'Assemblée nationale.

Ce scrutin parlementaire était bien prévu dans la Constitution mais M. Guaido et ses alliés affirment que les conditions pour des élections "libres, vérifiables et transparentes" ne sont pas réunies.

Les grands partis d'opposition rejettent notamment la nomination par la Cour suprême d'un nouveau Conseil national électoral alors que cette attribution revient normalement au parlement.

Juan Guaido, reconnu président par intérim par une soixantaine de pays, Etats-Unis en tête, considère cette élection organisée par le pouvoir en place comme "une fraude", terme qu'il avait utilisé pour qualifier la présidentielle de 2018 qui avait permis la réélection de Nicolas Maduro.

Washington les a par avance qualifiées de "ni libres, ni justes", l'Union européenne a appelé sans succès à leur report et l'Organisation des Etats américains n'y voit rien de démocratique.

- "Guerre de com" -

Dans ces conditions de boycott de l'opposition, Nicolas Maduro a ainsi pu promettre "un grand triomphe".

Pour Luis Vicente Leon, analyste politique et directeur de l'institut de sondage Datanalisis, "Maduro ne cherche pas à ce que les Etats-Unis ou l'Europe reconnaissent" la légitimité du parlement, "il veut que la Chine" et d'autres pays avec qui il a des relations commerciales -Russie, Inde, Mexique ou Turquie- "sentent que fonctionnent des institutions qui valideront de futurs accords commerciaux".

Malgré la pandémie, le chavisme a mobilisé toute sa machinerie à grand renfort de rassemblements électoraux afin d'enregistrer une participation la plus large possible.

Or, selon les sondeurs, elle devrait à peine être supérieure à 30%.

Pour Félix Seijas, directeur de l'institut de sondage Delphos, cette élection sera "une guerre de communication" où chaque camp cherchera à délivrer son message au monde: faible participation pour l'opposition; succès représentatif pour les chavistes.

Si les principaux partis d'opposition ont appelé au boycott, une petite aile dissidente décidée à participer est accusée d'offrir à Maduro la légitimité qu'il recherche.

"Ces candidats bénéficieront des voix de ceux qui rejettent Maduro et celles des critiques de Guaido pour son appel à l'abstention", a estimé M. Leon.

Le bloc dirigé par Juan Guaido mise sur une consultation populaire organisée du 5 au 12 décembre pour entériner une prolongation du mandat de l'actuelle Assemblée nationale et promouvoir de nouvelles sanctions contre le gouvernement Maduro.

Les Vénézuéliens seront appelés à dire s'ils rejettent ces législatives planifiées par le pouvoir et s'ils soutiennent "tous les mécanismes de pression, à l'intérieur comme à l'extérieur" du Venezuela pour organiser des "élections présidentielle et législatives libres".

Mais ces sanctions internationales, que Juan Guaido appelle à "amplifier", suscitent 71% de rejet dans la population, selon Datanalisis.

Leopoldo Lopez, autre leader de l'opposition qui s'est récemment exilé en Espagne, a reconnu que le soutien international à lui seul ne suffit pas. "C'est à nous de promouvoir un cycle de mobilisation (...) au sein du pays" avec cette consultation.

Les pays soutenant Juan Guaido rejetteront sans aucun doute ces élections. "Mais avec quelle force ?" se demande M. Seijas. "Si le rejet n'est pas ferme, l'opposition s'effondrera encore plus".

M. Leon note que certains gouvernements européens rechignent à donner carte blanche "ad infinitum" au président intérimaire car selon lui "l'abstention ne mène absolument nulle part" sauf "à préserver un gouvernement intérimaire qui n'est que symbolique".