Les sociaux-démocrates et la droite nationaliste étaient au coude-à-coude mercredi soir en Macédoine du Nord, selon des résultats préliminaires, illustrant les lignes de fracture à l'oeuvre dans le pays des Balkans qui se prépare à des pourparlers d'adhésion avec l'Union européenne.

Ces législatives sont les premières depuis que l'ex-République yougoslave a changé de nom l'année dernière pour en terminer avec un conflit ancien avec la Grèce.

Après dépouillement de 70% des suffrages, les artisans de ce changement, les sociaux-démocrates de l'ancien Premier ministre Zoran Zaev, ont obtenu environ 37% des voix contre 36% à la droite (VMRO-DPMNE), selon la Commission électorale d'Etat. Aucun des deux camps n'ayant remporté la majorité absolue, des négociations compliquées s'annoncent pour le parti qui arrivera en tête et devra former un gouvernement de coalition.

En ajoutant "du Nord" au nom du pays, l'accord historique avec Athènes a permis à Skopje d'entrer dans l'Otan et d'obtenir en mars le feu vert de Bruxelles à l'ouverture de négociations d'adhésion.

Mais certains nationalistes restent furieux d'avoir concédé à la Grèce, qui revendique l'exclusivité sur l'appellation "Macédoine", ce qu'ils considèrent comme partie intégrante de l'identité nationale.

Le scrutin s'est déroulé en pleine seconde vague de la pandémie du coronavirus. Le petit Etat au système de santé fragile est, selon les chiffres officiels, le pays des Balkans le plus endeuillé en proportion de sa population, avec près de 400 morts pour moins de deux millions d'habitants.

Les élections doivent combler le vide du pouvoir dans un pays dirigé depuis six mois par un gouvernement technique. Initialement prévues en avril, elles avaient été reportées pour cause de virus.

"Il nous faut un gouvernement responsable", dit Zoran Lazarevski, retraité de 66 ans, après avoir voté. "Le vainqueur quel qu'il soit doit travailler à la stabilisation, à créer de bonnes conditions pour la jeunesse".

Zoran Zaev, qui est accusé par la droite de "trahison", entendait capitaliser sur son succès dans l'arrimage du pays à l'Occident. En votant dans sa ville de Strumica, dans l'est, il a demandé aux électeurs de "donner une direction à l'Etat (...) pour que nous puissions vraiment poursuivre sur notre voie".

- Faiseurs de roi -

Son rival de droite, le leader du VRMO-DPME Hristijan Mickoski, a plaidé pour le "renouveau", jugeant que le pays était prêt pour "le grand changement".

D'après les analystes, un retour de la droite, qui a régné pendant une décennie jusqu'en 2016, pourrait compliquer l'avenir européen du candidat. Après le "oui" de Bruxelles en mars, celui-ci attend le début des pourparlers.

"Une victoire potentielle du VMRO aurait des conséquences négatives, non seulement pour la voie européenne du pays mais aussi pour sa politique étrangère en général", dit à l'AFP Elena Stravrevska, chercheuse à la London School of Economics.

Elle souligne cependant que bon nombre d'électeurs sont mécontents des sociaux-démocrates. Ils ont l'impression "qu'ils n'ont pas fait leur travail en ce qui concerne leurs principales promesses, dont la réforme de la justice".

Les partis représentant la minorité albanaise pourraient jouer un rôle majeur dans la formation du prochain gouvernement.

La principale formation de cette communauté, l'Union démocratique pour l'intégration (DUI), a obtenu 10% des voix, devant ses rivaux de l'Alliance pour les Albanais (8%).

Le DUI, qui joue traditionnellement le rôle de faiseur de rois, a cette fois revendiqué le poste de Premier ministre pour prix d'une alliance. Son slogan: "Pourquoi pas?"

Zoran Zaev, qui fait liste commune avec une petite formation de la minorité albanaise, comme le patron de la droite Hristijan Mickoski dénoncent un "chantage".

En attendant, nombre d'habitants ont perdu toute confiance dans une classe politique accusée de corruption rampante.

"Sachant que rien n'a changé depuis que je suis né, je n'attends rien" de cette élection, dit Stefan Micevski, jeune habitant de Skopje.