La Macédoine du Nord votait mercredi lors de législatives imprévisibles dont le vainqueur héritera du lancement des discussions pour rejoindre l'Union européenne et d'une épidémie du nouveau coronavirus qui la frappe cruellement.

Ces législatives sont les premières depuis que l'Etat des Balkans a changé de nom l'année dernière pour en terminer avec un conflit ancien avec la Grèce.

En ajoutant "du Nord" au nom du pays, l'accord historique avec Athènes a permis à Skopje d'entrer dans l'Otan et d'obtenir le feu vert de Bruxelles à l'ouverture de négociations d'adhésion.

Mais certains nationalistes restent furieux d'avoir concédé à la Grèce, qui revendique l'exclusivité sur l'appellation "Macédoine", ce qu'ils considèrent comme partie intégrante de l'identité nationale.

Les principaux camps en présence, les sociaux-démocrates de l'ancien Premier ministre Zoran Zaev et la droite du VRMO-DPMNE, s'opposent toujours sur ces lignes de fracture. Aucun ne devrait remporter la majorité absolue, ce qui promet des négociations compliquées pour former un gouvernement de coalition.

La pandémie rajoute à l'inconnu alors que le petit Etat au système de santé fragile est, selon les chiffres officiels, le pays des Balkans le plus endeuillé en proportion de sa population, avec près de 400 morts pour moins de deux millions d'habitants.

Le virus fait craindre pour la participation qui, en début d'après-midi, était de dix points inférieure aux législatives de 2016, à 24%.

- Vide du pouvoir -

Les bureaux de vote resteront ouverts deux heures de plus que d'habitude, jusqu'à 19H00 GMT, pour permettre le respect des règles de protection sanitaire. Les malades et personnes âgées ont pu voter les deux jours précédents.

Les élections doivent combler le vide du pouvoir dans un pays dirigé depuis six mois par un gouvernement technique. Initialement prévues en avril, elles avaient été reportées pour cause de virus.

"Il nous faut un gouvernement responsable", dit Zoran Lazarevski, retraité de 66 ans, après avoir voté. "Le vainqueur quel qu'il soit doit travailler à la stabilisation, à créer de bonnes conditions pour la jeunesse".

Zoran Zaev, qui est accusé par la droite de "trahison", entend capitaliser sur son succès dans l'arrimage du pays à l'Occident. En votant dans sa ville de Strumica, dans l'est, il a demandé aux électeurs de "donner une direction à l'Etat (...) pour que nous puissions vraiment poursuivre sur notre voie".

Son rival de droite, le leader du VRMO-DPME Hristijan Mickoski, a plaidé pour le "renouveau", jugeant que le pays était prêt pour "le grand changement".

D'après les analystes, un retour de la droite, qui a régné pendant une décennie jusqu'en 2016, pourrait compliquer l'avenir européen du candidat. Après le "oui" de Bruxelles en mars, celui-ci attend le début des pourparlers.

"Une victoire potentielle du VMRO aurait des conséquences négatives, non seulement pour la voie européenne du pays mais aussi pour sa politique étrangère en général", dit à l'AFP Elena Stravrevska, chercheuse à la London School of Economics.

- Corruption -

Elle souligne cependant que bon nombre d'électeurs sont mécontents des sociaux-démocrates. Ils ont l'impression "qu'ils n'ont pas fait leur travail en ce qui concerne leurs principales promesses, dont la réforme de la justice".

L'autre inconnue est le principal parti de la minorité albanaise, l'Union démocratique pour l'intégration (DUI), qui joue traditionnellement le rôle de faiseur de rois.

Cette fois, il revendique le poste de Premier ministre pour prix d'une alliance. Son slogan: "Pourquoi pas?"

Zoran Zaev, qui fait liste commune avec une petite formation de la minorité albanaise, comme le patron de la droite Hristijan Mickoski dénoncent un "chantage".

Mais on ignore dans quelle mesure l'un ou l'autre camp pourrait se passer du DUI et les analystes ne se risquaient pas à prédire l'issue du scrutin.

Nombre d'habitants ont perdu toute confiance dans une classe politique accusée de corruption rampante.

"Sachant que rien n'a changé depuis que je suis né, je n'attends rien" de cette élection, dit Stefan Micevski, jeune habitant de Skopje.

Environ 1,8 million d'électeurs sont inscrits et les résultats sont attendus dans la nuit de mercredi à jeudi.