La Macédoine du Nord votait mercredi lors de législatives imprévisibles dont le vainqueur héritera du lancement des discussions pour rejoindre l'Union européenne et d'une épidémie du nouveau coronavirus qui la frappe cruellement.

Ces législatives sont les premières depuis que l'Etat des Balkans a changé de nom l'année dernière pour en terminer avec un conflit ancien avec la Grèce.

En ajoutant "du Nord" au nom du pays, l'accord historique avec Athènes a permis à Skopje d'entrer dans l'Otan et d'obtenir le feu vert de Bruxelles à l'ouverture de négociations d'adhésion.

Mais certains nationalistes restent furieux d'avoir concédé à la Grèce, qui revendique l'exclusivité sur l'appellation "Macédoine", ce qu'ils considèrent comme partie intégrante de l'identité nationale.

Les principaux camps en présence, les sociaux-démocrates de l'ancien Premier ministre Zoran Zaev et la droite du VRMO-DPMNE, s'opposent toujours sur ces lignes de fracture. Aucun ne devrait remporter la majorité absolue, ce qui promet des négociations compliquées pour former un gouvernement de coalition.

La pandémie du coronavirus rajoute à l'inconnu alors que le petit Etat au système de santé fragile est, selon les chiffres officiels, le pays des Balkans le plus endeuillé en proportion de sa population, avec près de 400 morts pour moins de deux millions d'habitants.

- "Une vie meilleure" -

La résurgence des contaminations fait craindre pour la participation. Mais dans la matinée, des files d'électeurs masqués patientaient pour voter dans des bureaux qui resteront ouverts deux heures de plus que d'habitude, jusqu'à 19H00 GMT. Les malades et personnes âgées ont pu voter les deux jours précédents.

Les élections doivent combler le vide du pouvoir dans un pays dirigé depuis six mois par un gouvernement technique en l'absence du Parlement dissous. Initialement prévues en avril, elles avaient été reportées pour cause de virus.

"Il nous faut un gouvernement responsable", dit Zoran Lazarevski, retraité de 66 ans, après avoir voté. "Le vainqueur quel qu'il soit doit travailler à la stabilisation, à créér de bonnes conditions pour la jeunesse".

"Je veux une meilleure vie pour tout le monde", renchérit Snezana Sipovic, 55 ans, qui juge que voter n'est pas "plus effrayant que d'aller au supermarché".

Zoran Zaev entend capitaliser sur son succès dans l'arrimage du pays à l'Occident. La droite l'accuse pour sa part de "trahison".

"Pour nous les Macédoniens, Zoran Zaev c'est vraiment un cauchemar, mais pour certains de nos voisins, c'est un vieux rêve qui se réalise", a lancé le leader du VRMO-DPME Hristijan Mickoski.

D'après les analystes, un retour de la droite, qui a régné pendant une décennie jusqu'en 2016, pourrait compliquer l'avenir européen du candidat. Après le "oui" de Bruxelles en mars, celui-ci attend désormais le début des pourparlers.

- Arbitre ? -

"Une victoire potentielle du VMRO aurait des conséquences négatives, non seulement pour la voie européenne du pays mais aussi pour sa politique étrangère en général", dit à l'AFP Elena Stravrevska, chercheuse à la London School of Economics.

Elle souligne cependant que bon nombre d'électeurs sont mécontents des sociaux-démocrates. Ils ont l'impression "qu'ils n'ont pas fait leur travail en ce qui concerne leurs principales promesses, dont la réforme de la justice".

L'autre inconnue est le principal parti de la minorité albanaise, l'Union démocratique pour l'intégration (DUI), qui joue traditionnellement le rôle de faiseur de rois.

Cette fois, il revendique le poste de Premier ministre pour prix d'une alliance. Son slogan: "Pourquoi pas?"

Zoran Zaev, qui fait liste commune avec une petite formation de la minorité albanaise, comme le patron de la droite Hristijan Mickoski dénoncent un "chantage". Mais on ignore dans quelle mesure l'un ou l'autre camp pourrait se passer du DUI.

"Une large partie de l'électorat devrait s'abstenir, beaucoup sont indécis, il y a trop d'éléments mouvants pour prédire l'issue des élections", poursuit Mme Stravrevska.

Nombre d'habitants ont perdu toute confiance dans une classe politique accusée de corruption rampante.

"Sachant que rien n'a changé depuis que je suis né, je n'attend rien" de cette élection, dit Stefan Micevski, jeune habitant de Skopje.

Environ 1,8 million d'électeurs sont inscrits et les résultats sont attendus dans la nuit de mercredi à jeudi.