Les principaux acteurs politiques d'Albanie se vouent de longue date une animosité qui confine à la haine. Les législatives de dimanche sont aussi un test sur la maturité politique de ce pays fragile des Balkans.

Edi Rama, artiste et animal politique

Réputé autoritaire, Edi Rama, 52 ans, a pris la tête du parti socialiste en 2005. Ancien leader étudiant opposant au régime communiste, il a longtemps couru après le pouvoir, l'a touché du doigt en 2009, se déclarant même vainqueur. Il ne cessera de contester le résultat, faisant descendre ses partisans dans la rue. En janvier 2011, trois sont tués par balles, des morts dont il rendra responsable le Premier ministre de l'époque Sali Berisha qui criera, lui, à la tentative de coup d'Etat.

Mais Edi Rama, qui est alors maire de Tirana, ne renonce pas et l'emporte en 2013. Populaire dans l'ouest, il demande aujourd'hui un deuxième mandat pour édifier une "Albanie européenne" et un "pays moderne régi par la loi". "L'Albanie est notre patrie, l'Europe est notre avenir", se plaît à expliquer cet homme féru de culture.

La droite l'accuse régulièrement, sans preuves, de liens avec le crime organisé. Lui se dit prêt à se "retirer de la vie politique si M. Berisha ou qui que ce soit d'autre arrive à établir des liens avec le milieu ou la corruption".

Il table sur son image moderne, dynamique, malgré des résultats économiques décevants. Peintre, il tapisse son bureau de ses oeuvres et fait de l'art un instrument de communication politique, inaugurant lui-même des expositions de ses toiles. Cet ancien basketteur a aussi installé un panier à l'entrée de son bureau. Il parle parfaitement l'anglais, l'italien, le français.

Sali Berisha, l'inusable patron

A 72 ans, ce fils d'une famille paysanne musulmane de Tropoja, dans les montagnes du nord, affirme à qui veut l'entendre qu'il n'est désormais qu'un député de base, "un simple membre du parti démocratique", et qu'il n'aspire à aucune responsabilité nationale.

Premier président non communiste, ancien premier ministre, cardiologue de formation, Sali Berisha domine la scène politique albanaise depuis plus de deux décennies.

Charismatique, bon orateur, Sali Berisha participe moins aux meetings électoraux, mais reste très présent dans les médias. A ses yeux, Edi Rama n'est pas un adversaire mais un "ennemi". Il a toutefois mis un bémol à ses attaques.

Pour ses partisans, il fut un des acteurs de la chute du communisme. Pour ses adversaires, il est un des représentants d'un système politique corrompu et le responsable du chaos de 1997, une révolte armée qui avait fait 2.000 morts. Cette rébellion avait été déclenchée par la ruine de milliers d'Albanais après l'effondrement des "pyramides", sociétés spéculatives d'épargne dont le président Berisha, converti au libéralisme, avait toléré le développement.

Lulzim Basha, l'héritier

Lulzim Basha, 43 ans, est le chef du parti démocratique depuis 2013. Il assure s'être émancipé de la tutelle de Sali Berisha et entend bâtir "une nouvelle République", à coups de mesures économiques libérales classiques.

Ce juriste a fait une carrière éclair: ministre des Transports, des Affaires étrangères, de l'Intérieur, il a été maire de Tirana avant d'être adoubé par Sali Berisha. Avec son mentor, il partage sa détestation d'Edi Rama, "l'homme qui a ravagé l'économie, qui a installé le monopole d'une oligarchie du crime et de la drogue".

Son opposition durant quatre ans fut offensive: il a décrété un boycott de plusieurs mois du Parlement et a menacé de ne pas participer aux élections, multipliant les attaques contre Edi Rama, notamment pour corruption ou collusion avec les trafiquants de cannabis. Avant de finalement renoncer sous la pression internationale.

Son idole est Donald Trump.