Les Brésiliens élisaient leurs maires dimanche lors du 2e tour de municipales qui auront valeur de test pour le président Jair Bolsonaro et où l'attention se focalise sur les duels de Sao Paulo et Rio de Janeiro.

Dans quelques villes telles Recife ou Porto Alegre, une gauche progressiste incarnée par une nouvelle génération de candidats espère l'emporter, alors que le Parti des travailleurs (PT) de l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva a perdu des dizaines de municipalités au 1er tour.

Ces municipales - premier test électoral à mi-mandat pour M. Bolsonaro - vont donner une idée de l'état des forces à deux ans de la présidentielle où le chef de l'Etat d'extrême droite remettra son mandat en jeu.

Il a enregistré un revers au 1er tour du 15 novembre: la majorité de ses candidats ont échoué et les partis traditionnels du centre et du centre droit ont été ragaillardis.

Sans parti depuis un an, Jair Bolsonaro "n'est pas en grande forme pour 2022", estime le politologue David Fleischer, de l'Université de Brasilia.

Les électeurs sont tenus de se présenter masqués et d'observer la distanciation pour ce scrutin assombri par l'épidémie de coronavirus qui a fait plus de 172.000 morts en huit mois au Brésil.

"Avec tout ce qui arrive, voter est encore plus important aujourd'hui", a déclaré Vanise Santos, psychologue, dans un bureau de vote de Sao Paulo où l'affluence était forte.

"Nous avons besoin (à la mairie) de quelqu'un qui soit derrière le peuple et se préoccupe de la situation sanitaire", a déclaré pour sa part Eduardo Baronian, un électeur retraité.

Pour ce 2e tour de vote électronique et obligatoire, 38 millions de Brésiliens doivent élire pour quatre ans les maires et conseillers municipaux de 57 villes, dont 18 capitales d'Etat sur les 26 que compte le Brésil.

- Sao Paulo et Rio -

A Sao Paulo, capitale économique et plus grande métropole du pays avec 12,5 millions d'habitants, le maire sortant âgé de 40 ans Bruno Covas, du PSDB (centre droit), est favori, selon l'institut Datafolha, avec 55% des intentions de vote devant Guilherme Boulos (45%), du Parti socialisme et liberté (Psol).

M. Boulos, incarnation à 38 ans d'une nouvelle gauche, a vu l'annonce vendredi de sa contamination par le Covid-19 le priver d'un dernier débat télévisé contre M. Covas, alors que leur écart de voix se réduisait.

Désormais en quarantaine, celui qui est perçu comme un possible successeur de Lula, leader historique de la gauche brésilienne, n'ira pas voter lors de ces municipales décidément atypiques.

A Rio de Janeiro, la messe est dite apparemment pour le maire sortant et ex-pasteur évangélique Marcelo Crivella, promis à une humiliante défaite dans la ville de 6,7 millions d'habitants. Il a été soutenu par le président Bolsonaro.

Il n'obtiendrait que 32% des voix contre 68% à l'ancien maire Eduardo Paes (2009-2016), du parti DEM (centre droit), selon Datafolha.

"Dès demain, nous travaillerons dur. Je donnerai mon sang, et tous mes efforts pour que Rio se remette en mouvement", a promis M. Paes en votant en matinée à Rio.

La ville de Recife (nord-est) a vu un psychodrame familial avec une lutte acrimonieuse entre cousins et tenants de la jeune garde progressiste: Joao Campos, 26 ans, du Parti socialiste brésilien (PSB, centre gauche), est opposé à Marilia Arraes, 36 ans, du Parti des Travailleurs (PT, gauche).

Un dernier sondage place à stricte égalité ces deux petits-enfants de l'ancien gouverneur du Pernambouc Miguel Arraes (1916-2005).

Une lutte très serrée s'annonce aussi à Porto Alegre (sud). Manuela d'Avila, jeune elle aussi (39 ans), s'est qualifiée pour le 2e tour sous l'étiquette du Parti communiste du Brésil, alliée au PT. Elle est dans un mouchoir de poche avec le candidat centriste Sebastiao Melo.

Ce scrutin se déroule alors que le plus grand pays d'Amérique latine voit arriver une deuxième vague de coronavirus, après avoir été plongé dans la récession et vu le chômage propulsé à un niveau record, avec 14 millions de sans-emploi.

Les villes brésiliennes sont confrontées au manque de moyens dans la santé - particulièrement criant avec la pandémie - l'éducation, les transports publics ou le logement, mais aussi à l'endettement, la corruption et la violence.

Les bureaux fermeront à 17H00 (20H00 GMT), les résultats sont attendus quelques heures plus tard.