Le Premier ministre conservateur Boïko Borissov décrochera-t-il un quatrième mandat? Les Bulgares votent dimanche aux législatives, un scrutin qui pourrait être marqué par une forte abstention alors que les protestations de l'été dernier contre la corruption ont fait long feu.

"J'ai toujours pris en compte ce que le peuple décide", a déclaré M. Borissov, 61 ans, après avoir voté en l'absence de journalistes.

"L'immense soutien que nous avons reçu de nos homologues d'Europe montre l'importance d'un gouvernement européen et stable en Bulgarie", a-t-il souligné dans une déclaration transmise sur Facebook.

Les instituts de sondage donnent favori le parti Gerb du Premier ministre controversé, le créditant de 28 à 29% d'intentions de vote, soit environ 75 sièges au Parlement constitué de 240 élus.

"C'est l'absence d'autres options en raison d'une opposition morcelée et peu convaincante qui explique l'hégémonie politique de Gerb", invincible depuis 2009, analyse auprès de l'AFP le politologue Antony Todorov.

Refusant tout contact avec les médias depuis les manifestations, M. Borissov a mené sa campagne sur le réseau social Facebook où il retransmettait au quotidien ses visites surprise, au volant de son 4x4, aux quatre coins du pays, à la rencontre d'ouvriers et employeurs. Son slogan: "Travail, travail, travail!".

- Contexte anxiogène -

Trois heures après le début du scrutin le taux de participation, 7,58% à 10H00 locales (7H00 GMT), était inférieur à celui des législatives de 2017 (8,44%).

Ce sont les socialistes, attendus en seconde position (20-22%), qui devraient pâtir des réticences de leur électorat âgé à venir voter.

Le contexte anxiogène en pleine troisième vague de Covid-19, avec des hôpitaux pleins à craquer et un nombre important de personnes placées en quarantaine, devrait avoir un effet dissuasif.

Des bureaux de vote ont cependant été installés dans les hôpitaux et des urnes mobiles sont apportées à des familles en quarantaine.

Le président Roumen Radev qui avait soutenu les protestations antigouvernementales de l'été a appelé dimanche à la mobilisation des électeurs.

"J'ai voté contre la destruction de l'Etat de droit, contre l'arbitraire et la corruption (...) Ces élections constituent un pas vers le retour à la normalité", a-t-il déclaré à la presse.

Une série de scandales l'été dernier a fait descendre dans la rue des milliers de Bulgares de la classe moyenne, réclamant la démission du gouvernement qu'ils accusaient de liens avec l'oligarchie.

Le Premier ministre a joué la montre, refusant d'organiser des élections anticipées, et a profité de la déliquescence du mouvement sous l'effet de l'hiver et de la pandémie de Covid-19.

- Achat de voix -

Les regards seront surtout tournés vers le vote protestataire, partagé entre trois nouvelles formations.

C'est un animateur de télévision, Slavi Trifonov, connu pour ses critiques virulentes du gouvernement, qui semble tirer son épingle du jeu (13%), même s'il n'a pas participé aux manifestations.

Parmi ceux qui avaient défilé, "Bulgarie démocratique" de la droite citadine, soutenu par les Bulgares de l'étranger, et "Debout! Mafia dehors" (gauche), proche du président Radev, sont en passe d'entrer au Parlement (6% chacun).

"J'attends un parlement plus légitime pour lancer un débat sur le changement", a déclaré Hristo Ivanov, leader de Bulgarie démocratique.

Il faudra compter enfin avec le parti de la minorité turque MDL, habituel faiseur de rois (12%), et les nationalistes du VMRO, qui participaient au gouvernement sortant mais sont en perte de vitesse.

Les premières estimations des sondages sortie des urnes sont attendues à la clôture du scrutin à 20H00 (17H00 GMT), mais les résultats officiels définitifs ne seront pas connus avant jeudi.

Le phénomène d'achat de voix par les partis, qui concerne d'ordinaire entre 5% et 19% des suffrages, pourrait s'amplifier, a prévenu en début de semaine l'ONG Anticorruption Fund.

Car les électeurs soudoyés seront motivés, à la différence de ceux qui votent librement, susceptibles d'être dissuadés par la propagation du Covid-19.

Subsistent aussi les soupçons de fraude liés à la double présence sur les listes électorales de Bulgares de l'étranger, pour le cas où ils viendraient voter au pays.