De la réforme de l'asile au Brexit en passant par les tensions commerciales avec les Etats-Unis: des chantiers urgents attendent la nouvelle présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen qui présente son équipe mardi.

- Neutralité carbone en 2050 -

Ursula von der Leyen promet un "pacte vert" dans lequel sera inclus la "première législation européenne sur le climat", afin de concrétiser l'objectif de neutralité climatique à l'horizon 2050, auquel pour l'instant seuls 24 Etats membres sur 28 se sont engagés.

Elle soutient également un objectif plus ambitieux de réduction des émissions CO2 de 50% en 2030, voire 55%.

Elle propose également de transformer une partie de la Banque européenne d'investissement (BEI) en "Banque européenne du climat" et prévoit un plan pour soutenir des investissements à hauteur de 1.000 milliards d’euros sur les dix prochaines années.

- Migrations -

Sur ce sujet conflictuel, Ursula von der Leyen veut proposer un "nouveau pacte pour les migrations et l'asile". Il s'agit de mieux répartir les efforts au sein de l'Union européenne et notamment d'aider davantage les pays comme l'Italie, l'Espagne, la Grèce, en première ligne pour les arrivées de migrants.

Elle veut rouvrir les discussions sur la réforme du règlement de Dublin, qui confie actuellement aux pays d'arrivée la charge du traitement des demandes d'asile. Elle veut aussi accélérer le renforcement de l'agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes Frontex, en la dotant d'un effectif de 10.000 personnes dès 2024 au lieu de 2027.

- Numérique -

L'équipe de Mme von der Leyen devrait poursuivre le combat de l'UE contre le pouvoir incontrôlé des géants américains du numérique, commencé sous la houlette de la Commission Juncker.

Elle pourrait mettre en place de nouvelles règles qui donneraient à Bruxelles des pouvoirs plus étendus en matière de protection de la vie privée et pour lutter contre les discours haineux.

- Nouveau départ avec Londres ? -

Ursula von der Leyen doit prendre ses fonctions au premier jour d'une Union européenne sans Royaume-Uni. En théorie. Car si le Premier ministre britannique Boris Johnson se démène pour que son pays quitte l'UE quoiqu'il arrive le 31 octobre, son parlement lui a clairement signifié qu'il lui faudrait demander un nouveau report si un accord n'était pas trouvé.

Une fois le départ effectif, la nouvelle Commission aura en charge la négociation de la future relation avec Londres, une discussion dont la bonne marche dépendra des conditions du divorce.

- Tensions commerciales -

La prochaine Commission tentera de préserver la trêve commerciale conclue avec les Etats-Unis de Donald Trump, qui menace toujours de taxer l'industrie automobile du Vieux continent.

Elle devra également ménager des opinions toujours plus hostiles aux traités commerciaux internationaux, pour des raisons environnementales ou sanitaires.

Dans un contexte de guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, qui voit l'Organisation mondiale du commerce (OMC) remise en cause, l'UE cherchera à réaffirmer son statut de porte-étendard du libre-échange.

- Budget de l'UE avec réforme de la PAC -

Les dirigeants de l'UE vont débattre à l'automne du budget pluriannuel 2021-2027, alors que la Commission Juncker aurait préféré clore le dossier avant la fin de son mandat.

La proposition de l'équipe sortante fixe à 1.279 milliards d'euros le budget pour la période 2021-2027 (contre 1.087 mds pour 2014-2020 en prix courants), avec des coupes controversées dans les programmes historiques de l'UE, la Politique agricole commune (PAC) et la politique de cohésion, au profit de nouvelles priorités notamment en matière de sécurité et de migration.

Le prochain budget est prévu sans le Royaume-Uni, contributeur net, mais les Etats membres ont déjà fait part de leur réticence à augmenter leurs contributions.

En parallèle, une nouvelle PAC post-2020 est en train d'être discutée, mais les négociations sont en suspens en attente de connaître la part du budget qui lui sera alloué.

- Concurrence -

La nouvelle Commission va se pencher sur une réforme des règles européenne de la concurrence, prônée par Paris et Berlin après le veto de Bruxelles à la fusion Siemens/Alstom en février.

Il s'agit d'une part de rendre plus simple la constitution de champions européens et d'autre part d'adapter les outils actuels à la problématique du numérique.

- Etat de droit et gouvernements populistes -

La Commission von der Leyen récupère les procédures ouvertes à l'encontre de la Hongrie et de la Pologne, accusées de prendre des mesures contraires à l'Etat de droit, par exemple dans le domaine judiciaire, et dont les relations se sont tendues avec Bruxelles.

La montée des populismes en Europe et leur arrivée à des postes de pouvoir exacerbent les tensions et promet des discussions difficiles en particulier sur le dossier migratoire.