Les démocrates ont avancé lundi vers l'ouverture dès cette semaine d'une seconde procédure de destitution contre Donald Trump, accusé d'avoir "incité à la violence" qui a frappé le Capitole.

Sans attendre cette procédure infamante, l'opposition appelle en parallèle son vice-président Mike Pence à le démettre de ses fonctions.

Le milliardaire républicain est menacé, à 74 ans, d'une sanction qui resterait dans l'Histoire des Etats-Unis et pourrait hypothéquer son avenir politique: devenir le premier président américain à être deux fois mis en accusation au Congrès ("impeached") dans une procédure de destitution.

Le président élu Joe Biden prêtera serment sous haute garde le 20 janvier pour lui succéder, justement sur les marches du Capitole, siège du Congrès américain.

"Je n'ai pas peur" malgré les risques de nouvelles manifestations pro-Trump, a déclaré le démocrate lundi.

Il a appelé à poursuivre tous ceux qui ont été impliqués dans des actes "d'insurrection" mercredi dernier, lors des violences qui ont fait cinq morts et profondément ébranlé le pays.

L'ancien vice-président de Barack Obama a encore évité de se prononcer sur le bien-fondé d'une procédure de destitution si proche de la fin de mandat de Donald Trump.

"J'ai déjà dit clairement que le président Trump ne devrait pas exercer ses fonctions. Un point c'est tout", a-t-il martelé.

- Trump, "menace imminente" -

Un Donald Trump "dérangé", représentant une "menace imminente": les démocrates du Congrès sont eux bien décidés à précipiter sa sortie. Sans attendre.

Contrôlant la majorité à la chambre basse, l'opposition a mené une double action lundi.

Des parlementaires ont d'une part déposé un acte d'accusation contre Donald Trump.

La Chambre l'examinera mercredi, et devrait voter ce même jour.

Soutenu par un vaste nombre de démocrates, et avec le soutien possible de républicains, il devrait être facilement adopté. Ce vote marquera l'ouverture formelle de la deuxième procédure de destitution contre le président américain.

Mais le doute demeure sur le déroulement, et l'issue, du procès qui devra ensuite avoir lieu au Sénat, aujourd'hui à majorité républicaine. Les démocrates prendront le contrôle de la chambre haute le 20 janvier mais auront besoin du ralliement de nombreux républicains pour atteindre la majorité des deux tiers nécessaire à sa condamnation.

Un procès risquerait en outre d'entraver l'action législative des démocrates au début de la présidence Biden, en monopolisant les séances au Sénat.

- Silence de Mike Pence -

En parallèle, les démocrates veulent approuver mardi soir une résolution appelant le vice-président Mike Pence à démettre le président de ses fonctions.

Ce texte l'exhorte à invoquer le 25e amendement de la Constitution américaine, en le déclarant, avec le soutien de ses principaux ministres, inapte à exercer sa fonction.

Tant qu'ils ne l'écarteront pas du pouvoir, la "complicité" des républicains avec Donald Trump, mettra "en danger l'Amérique", a tonné lundi la puissante présidente démocrate de la Chambre Nancy Pelosi.

Accusant le locataire de la Maison Blanche d'avoir "incité à une insurrection meurtrière", elle a réitéré son ultimatum à Mike Pence de répondre "sous 24 heures" à la Chambre, après l'adoption de cette résolution.

Longtemps fidèle du milliardaire républicain, ce conservateur n'a affiché jusqu'ici aucune volonté de déclencher ce dispositif.

- Trump attendu au Texas -

Selon l'acte d'accusation des démocrates, Donald Trump a encouragé ses partisans à marcher mercredi dernier sur le Capitole où Mike Pence, tenu par la Constitution, annonçait solennellement les résultats de l'élection présidentielle du 3 novembre.

Une victoire de Joe Biden que Donald Trump n'a jamais voulu accepter.

Le président sortant "a incité les violences" et "a gravement mis en danger la sécurité des Etats-Unis", est-il écrit dans l'acte d'accusation.

Avec "sa conduite", M. Trump "a démontré qu'il continuera à constituer une menace à la sécurité nationale, la démocratie et la Constitution s'il est autorisé à rester en fonctions", poursuivent ses auteurs.

Isolé, évincé de Twitter et des autres grands réseaux sociaux qui veulent éviter de nouvelles incitations à la violence, Donald Trump ne semble toutefois pas prêt à abandonner le Bureau ovale avant le terme de son mandat.

Il prévoit un déplacement mardi au Texas pour vanter sa politique d'immigration et la construction du mur frontalier avec le Mexique.

Mais autour de lui, le vide se fait. Plusieurs membres de son cabinet et responsables de la Maison Blanche ont démissionné depuis les violences.

Dernier en date lundi: le ministre par intérim de la Sécurité intérieure Chad Wolf. S'il n'a pas expliqué son départ, ce responsable avait critiqué la semaine dernière l'invasion "tragique" du Capitole.

Critiqué pour avoir tardé, mercredi dernier, à envoyer la Garde nationale, le Pentagone a cette fois autorisé le déploiement de 15.000 soldats dans la capitale américaine pour la cérémonie d'investiture de Joe Biden.