Les dirigeants de l'UE ont entamé vendredi à Bruxelles des négociations difficiles sur les moyens de soutenir leurs économies frappées par la pandémie de Covid-19, alors que celle-ci donne des signes de redémarrage en Europe, notamment à Barcelone, où les habitants sont invités à rester chez eux.

Les 27 chefs d'Etat et de gouvernement, chapeautés par le président du conseil Charles Michel et rejoints par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, se sont retrouvés en chair et en os pour la première fois depuis près de cinq mois, masqués et à bonne distance les uns des autres.

Pour détendre l'atmosphère, ils avaient deux anniversaires à fêter: ceux du Premier ministre portugais Antonio Costa (59 ans) et de la chancelière allemande Angela Merkel (66 ans), qui ont chacun reçu des présents.

L'objectif de ce sommet européen extraordinaire est de se mettre d'accord sur un plan de relance massif de 750 milliards d'euros composé de 250 milliards de prêts et - surtout - de 500 milliards de subventions, qui n'auront donc pas à être remboursées par les Etats bénéficiaires.

Les divergences entre les partisans de ce plan, qui devrait profiter en premier aux pays du Sud, Italie et Espagne en tête, et les Etats adeptes de l'orthodoxie budgétaire (dits "frugaux") sont profondes, et le sommet pourrait durer jusqu'à samedi ou dimanche.

Le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, chef de file de ces pays "frugaux", a estimé les chances d'un succès "à moins de 50%", alors que la chancelière allemande Angela Merkel, favorable au plan, a dit s'attendre à "de très difficiles négociations".

Pour sa part, le président français Emmanuel Macron, lui aussi en faveur de ce plan, a parlé de "moment de vérité et d'ambition pour l'Europe".

- L'Europe durcit ses mesures sanitaires -

Le sommet se tient avec, en toile de fond, la propagation ou la reprise de la maladie dans de très nombreux pays, notamment sur le Vieux Continent où plusieurs pays ont adopté ces derniers jours des mesures ciblées pour tenter d'éviter une deuxième vague épidémique.

En Espagne, l'un des pays les plus affectés par la pandémie avec plus de 28.400 morts, près de 4 millions d'habitants de l'agglomération de Barcelone ont été appelés vendredi à "rester chez eux". Le gouvernement régional a aussi annoncé la fermeture des cinémas, des théâtres ou des discothèques, l'interdiction des réunions de plus de dix personnes et des visites dans les maisons de retraite ou la limitation de la capacité d'accueil à 50% dans les bars et restaurants.

Les autorités espagnoles surveillent depuis plusieurs jours plus de 120 foyers actifs, en particulier en Catalogne (nord-est).

Pourtant relativement épargnée par le Covid-19, l'Allemagne a autorisé l'adoption de mesures de confinement durcies au niveau local, avec "des interdictions de sortie" dans des zones géographiques limitées en cas de pic de contamination.

- Plus d'un million de cas en Inde -

Le gouvernement israélien a lui aussi décidé de fermer certains lieux publics "pour éviter un confinement général", en raison du nombre croissant de nouveaux cas dans le pays.

Du vendredi en début de soirée au dimanche matin, "les magasins (non essentiels), les centres commerciaux, les coiffeurs et salons de beauté, les bibliothèques, les zoos, les musées, les piscines, les attractions touristiques et les tramways" seront fermés.

Dans le monde, plus de 13,8 millions de personnes ont officiellement contracté le coronavirus et au moins 590.132 décès ont été recensés, selon un bilan arrêté vendredi à 11h00 GMT.

Les Etats-Unis, pays le plus endeuillé au monde avec plus de 138.000 décès, ont enregistré jeudi un nouveau record de contaminations avec plus de 68.000 cas en 24 heures.

Après les États-Unis, les pays les plus touchés sont le Brésil avec 76.688 morts, le Royaume-Uni (45.119), le Mexique (37.574), et l'Italie (35.017).

Le Brésil a franchi jeudi le cap des deux millions de contaminations, et l'Inde celui du million vendredi.

Aux Etats-Unis, l'Etat de Floride a enregistré jeudi un record de décès en 24 heures avec 156 décès, confirmant qu'il était devenu l'épicentre de l'épidémie dans le pays.

Les Etats-Unis sont confrontés depuis fin juin à une poussée spectaculaire de la pandémie, notamment dans le Sud et l'Ouest, le nombre des contaminations détectées toutes les 24 heures dépassant systématiquement les 60.000 depuis une semaine, soit environ deux fois plus qu'en avril, au plus fort du confinement.

Le Brésil fait face à une situation tout aussi gravissime. "Deux millions (de cas), c'est un chiffre symbolique, parce que nous n'avons pas de tests de masse", a déclaré à l'AFP Jean Gorinchteyn, infectiologue à l'Institut Emilio Ribas et à l'hôpital Albert Einstein de Sao Paulo. "Mais le chiffre réel est probablement quatre ou cinq fois plus élevé", a-t-il estimé.

- Un retour à la normale avant Noël au Royaume-Uni ? -

A rebours de ces informations alarmantes, le Premier ministre britannique Boris Johnson a tracé la perspective d'une sortie du confinement pour son pays, le plus durement touché en Europe avec 45.000 morts, disant espérer un "retour à la normale au plus tôt à partir de novembre, peut-être à temps pour Noël".

Le dirigeant conservateur a ainsi encouragé les Anglais à reprendre les transports en commun dès vendredi et les a incités à retourner sur leur lieu de travail à partir du 1er août, en s'en remettant aux employeurs pour déterminer si les salariés doivent poursuivre le télétravail ou revenir au bureau.

Les casinos, bowlings, patinoires, esthéticiennes et salles de spectacles rouvriront aussi le 1er août, a annoncé Boris Johnson.

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