Les dirigeants de l'Union européenne ont entamé vendredi à Bruxelles des négociations difficiles sur les moyens de soutenir leurs économies, frappées par la pandémie de Covid-19, alors que celle-ci continue à se propager dans le monde, notamment aux Etats-Unis, au Brésil et en Inde, et qu'elle donne des signes de redémarrage dans plusieurs pays européens.

Les Etats-Unis, pays le plus endeuillé au monde, ont enregistré jeudi un nouveau record de contaminations avec plus de 68.000 cas en 24 heures.

Pour sa part, le Brésil, qui compte 76.688 morts, avait franchi jeudi le cap des deux millions de contaminations, le deuxième bilan le plus élevé du monde derrière les Etats-Unis, alors que l'Inde, troisième nation au monde en nombre de contaminations recensées, a dépassé vendredi le million de cas déclarés.

L'objectif de ce sommet européen extraordinaire est de se mettre d'accord sur un plan de relance massif de 750 milliards d'euros composé de 250 milliards de prêts et -- surtout -- de 500 milliards de subventions, qui n'auront donc pas à être remboursées par les Etats bénéficiaires.

- Divergences très profondes -

C'est la première fois que les 27 chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE se retrouvent à Bruxelles depuis l'apparition de la pandémie de Covid-19 en Europe et les mesures de confinement qui ont suivi. Ils se parlaient depuis à distance par visioconférence. Tous sont arrivés masqués à la réunion.

Les divergences entre partisans de ce plan, qui devrait profiter en premier aux pays du Sud, Italie et Espagne en tête, et les Etats adeptes de l'orthodie budgétaire (dits "frugaux") sont tellement profondes que ce sommet extraordinaire est appelé à durer deux jours, voire trois, et qu'il pourrait bien ne pas être le dernier.

Le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, chef de file de ces pays "frugaux", a estimé les chances d'un succès "à moins de 50%", alors que la chancelière allemande Angela Merkel, favorable au plan, a dit s'attendre à "de très difficiles négociations".

Pour sa part, le président français Emmanuel Macron, lui aussi en faveur de ce plan, a parlé de "moment de vérité et d'ambition pour l'Europe".

- Le virus continue de progresser -

Le sommet se tient avec, en toile de fond, la propagation ou la reprise de la maladie dans de très nombreux pays.patrick bart

Plus de 13,6 millions de personnes ont contracté le coronavirus et au moins 585.750 décès ont été recensés dans le monde, selon un bilan arrêté jeudi à 19h00 GMT.

Aux Etats-Unis, l'Etat de Floride a enregistré jeudi un record de décès avec 24 heures avec 156 décès, confirmant qu'il était devenu l'épicentre de l'épidémie dans le pays.

Les Etats-Unis sont confrontés depuis fin juin à une poussée spectaculaire de la pandémie, notamment dans le Sud et l'Ouest, le nombre des contaminations détectées toutes les 24 heures dépassant systématiquement les 60.000 depuis une semaine, soit environ deux fois plus qu'en avril, au plus fort du confinement.

Le Brésil fait face à une situation tout aussi gravissime. "Deux millions (de cas), c'est un chiffre symbolique, parce que nous n'avons pas de tests de masse", a déclaré à l'AFP Jean Gorinchteyn, infectiologue à l'Institut Emilio Ribas et à l'hôpital Albert Einstein de Sao Paulo. "Mais le chiffre réel est probablement quatre ou cinq fois plus élevé", a-t-il estimé.

En Asie, un responsable régional de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC) a tiré la sonnette d'alarme, estimant que "le Covid-19 se (propageait) à une vitesse alarmante en Asie du Sud, foyer d'un quart de l'humanité".

De fait, l'Inde, avec 1.003.832 de cas confirmés, a franchi vendredi le cap du million, les autorités locales multipliant les restrictions sanitaires et reconfinements.

En Israël, qui était, dans un premier temps, parvenu à contenir le virus grâce à un confinement strict, avant de rouvrir l'économie, le gouvernement a annoncé de nouvelles mesures pour faire face à un nombre croissant de nouveaux cas, annonçant la fermeture de certains lieux publics durant les weekends.

Même en Europe, très avancée dans le déconfinement, plusieurs pays ont dû annoncer un durcissement des mesures sanitaires.

Pourtant relativement épargnée par le Covid-19, l'Allemagne a ainsi autorisé l'adoption de mesures de confinement durcies au niveau local, avec "des interdictions de sortie" dans des zones géographiques limitées en cas de pic de contamination.

- "Comportements inconscients" -

Berlin redoute surtout le retour des vacanciers, en particulier de ceux qui seront allés sur les plages du pourtour méditerranéen.

Les images des bars à bière de l'île espagnole de Majorque, remplis d'Allemands sans masque de protection, ont suscité les remontrances de plusieurs ministres, le chef de la diplomatie fustigeant les "comportements inconscients" de certains.

En Espagne, les habitants de l'agglomération de Barcelone ont été appelés à "rester chez eux", sauf en cas de raisons de première nécessité.

Le gouvernement régional catalan a également décidé la fermeture des cinémas, des théâtres et des discothèques, l'interdiction des réunions de plus de dix personnes et des visites dans les maisons de retraite, ainsi que la limitation de la capacité d'accueil à 50% dans les bars et restaurants.

Les autorités espagnoles surveillent depuis plusieurs jours plus de 120 foyers actifs, en particulier en Catalogne (nord-est).

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