Les forces spéciales kirghizes attaquent la résidence de l'ex-président Atambaïev

Publié le à Bichkek (Kirghizstan) (AFP)

Les forces spéciales kirghizes ont lancé mercredi une opération pour interpeller l'ex-président Almazbek Atambaïev, inculpé pour corruption et en conflit avec son successeur, au risque d'aggraver la crise politique et de provoquer des troubles dans ce pays d'Asie centrale.

Alors qu'un premier assaut de la résidence de l'ancien chef de l'Etat, où se sont réunis plus d'un millier de ses partisans, semble avoir échoué dans la soirée, le ministère de l'Intérieur a annoncé avoir envoyé des renforts sur place. Le président actuel Sooronbaï Jeenbekov, rival de M. Atambaïev, a pour sa part écourté ses vacances pour revenir à Bichkek, la capitale, où il prévoit de réunir son Conseil de sécurité jeudi.

Des photos diffusées par les médias locaux ont montré des hommes masqués en uniforme et armés devant la résidence de M. Atambaïev, ainsi que des personnes blessées à terre ou portées par d'autres dans ce village situé près de Bichkek, où le réseau téléphonique et internet étaient indisponibles et l'électricité coupée.

Une vidéo diffusée par Radio Free Europe montre l'ex-président en jean et chemise devant sa résidence en compagnie d'un groupe de personnes, avant qu'un mouvement de panique ne disperse le groupe, tandis que des tirs nourris étaient audibles pendant plusieurs minutes.

"Les forces spéciales ont attaqué les partisans d'Atambaïev lorsque celui-ci est sorti pour les saluer. Tout le monde a été passé à tabac et il y a eu des tirs", a affirmé à l'AFP Gouliza Tchodoubaïeva, porte-parole de l'ex-président.

Confirmant l'opération, les forces de l'ordre ont affirmé ne "pas avoir utilisé d'armes à feu". "Les forces spéciales sont armées de lanceurs de balles en caoutchouc. L'opération se poursuit", a déclaré un porte-parole dans un communiqué.

Selon un témoin contacté par l'AFP, Mirbek Aïtikeïev, un premier assaut de la résidence de M. Atambaïev par les forces spéciales a échoué et près d'un millier de partisans de l'ex-président rassemblés sur place se préparent à une deuxième vague.

Les forces spéciales ont diffusé en fin de soirée un communiqué dans lequel elles nient avoir abandonné l'assaut.

Au moins 36 personnes ont été hospitalisées pour "diverses blessures", certaines par balles en caoutchouc, dont 15 membres de forces de l'ordre, a indiqué le ministère de la Santé.

"Des tirs à balles réelles proviennent de la résidence. Un membre des forces spéciales a été touché au torse par une balle qui a traversé son gilet pare-balles", a précisé le ministère dans un communiqué.

- Possibles troubles -

Almazbek Atambaïev, président de 2011 jusqu'en novembre 2017, a été inculpé fin juin de corruption par la justice. Son immunité en tant qu'ex-président avait été levée dans la foulée par les députés.

L'ancien chef de l'Etat est entre autres soupçonné d'"acquisition illégale de terres" et d'avoir fait libérer un membre d'un clan mafieux, accusations qu'il dénonce comme une manoeuvre politique du nouveau chef de l'Etat, son rival Sooronbaï Jeenbekov.

Jugeant les accusations "absurdes", M. Atambaïev avait annoncé son intention de ne pas se laisser faire, disant être prêt à "rester debout jusqu'à la fin" et à s'opposer à une arrestation.

Ses partisans ont pour leur part menacé début juillet d'organiser des "manifestations massives" d'ici deux mois si le gouvernement n'est pas limogé et le Parlement dissous.

A la fin de son mandat, Almazbek Atambaïev avait réussi au prix de manoeuvres politiques à imposer la candidature de Sooronbaï Jeenbekov, alors son poulain, mais les relations se sont rapidement dégradées entre les deux hommes.

Almazbek Atambaïev avait notamment critiqué plusieurs nominations effectuées par Sooronbaï Jeenbekov. De son côté, M. Jeenbekov a démis de leurs fonctions plusieurs hauts fonctionnaires proches de l'ancien président.

Une arrestation de M. Atambaïev pourrait provoquer de graves troubles dans cette ex-république soviétique d'Asie centrale, secouée par deux révolutions en 2005 et 2010 et victime de fréquentes tensions ethniques.

Almazbek Atambaïev s'était rendu en juin en Russie, pays allié du Kirghizstan, pour un entretien avec Vladimir Poutine. Le président russe s'était alors inquiété de possibles troubles, prônant la "stabilité politique" dans un pays théâtre de crises récurrentes.

Almazbek Atambaïev est originaire du nord du Kirghizstan, urbanisé et relativement prospère, tandis que Sooronbaï Jeenbekov vient du sud du pays, pauvre, plus rural et où vivent d'importantes minorités ouzbèkes et tadjikes.

© 2019 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.