Les forces turques et leurs supplétifs syriens sont entrés samedi dans une ville clé kurde du nord de la Syrie à la faveur de violents bombardements, la Turquie se disant déterminée à poursuivre son offensive malgré le tollé international et les menaces de sanctions américaines.

A Ankara, le ministère de la Défense a affirmé que les forces turques avaient capturé Ras al-Aïn, ville frontalière de la Turquie. Mais les forces kurdes ont démenti et selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) et un correspondant de l'AFP sur place, les forces turques et ses supplétifs syriens y sont entrés mais les combats se poursuivent.

Voisine de la Syrie en guerre, la Turquie veut chasser des secteurs frontaliers la milice kurde syrienne des Unités de protection du peuple (YPG), qu'elle qualifie de "terroriste", et instaurer une "zone de sécurité" de 32 km de profondeur en territoire syrien pour séparer sa frontière des zone contrôlées par les YPG.

Depuis le début de l'assaut mercredi, 74 combattants kurdes et 20 civils ont été tués selon un dernier bilan d'une ONG syrienne, et 100.000 personnes ont été déplacées d'après l'ONU. Ankara a annoncé la mort de quatre soldats en Syrie et de 17 civils dans la chute de roquettes kurdes tirées sur des villes frontalières en Turquie.

Sous un barrage de l'artillerie lourde et la couverture de l'aviation turque, les forces turques et leurs alliés locaux ont lancé le matin à partir de trois axes un assaut en direction de Ras al-Aïn, selon l'OSDH.

Le bruit de bombardements incessants était entendu dans le secteur alors que les combattants syriens proturcs armés de lance-roquettes se dirigeaient vers le front, selon un correspondant de l'AFP près de Ras al-Aïn.

Dans la nuit, les forces turques ont conquis 11 villages, la plupart près de Tal Abyad, une autre ville frontalière que les forces turques veulent prendre, selon l'OSDH. Signe de l'intensité des combats, 20 combattants kurdes ont été tués dans les violences nocturnes.

- Tirs près de soldats américains -

Au total depuis mercredi, 23 villages ont été conquis par les forces turques et leurs supplétifs, ces anciens rebelles ayant combattu le régime syrien au début de la guerre, a poursuivi l'ONG.

Les YPG sont l'épine dorsale des Forces démocratiques syriennes (FDS) qui défendent, face à l'assaut turc, leur région autonome instaurée sur de vastes zones du Nord à la faveur de la guerre en Syrie.

Soutenues par l'Occident, principalement par les Etats-Unis, les FDS sont le fer de lance en Syrie de la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI) vaincu en mars avec la perte de son dernier fief dans le pays.

Alors que Tal Abyad et Ras al-Aïn, presque entièrement désertées par leurs habitants, sont les plus touchées par les bombardements, les raids turcs ont également ciblé Kobané, plus à l'ouest.

Selon le Pentagone, des soldats américains déployés près de Kobané se sont retrouvés vendredi sous le feu de l'artillerie turque, mais il n'y a pas eu de victime. La Turquie a nié avoir tiré sur eux.

Selon un responsable américain, les forces américaines poursuivent leurs patrouilles quotidiennes dans le nord-est syrien, mais évitent les zones de combat.

Les soldats américains ont été déployés dans des secteurs de Syrie pour venir en aide aux FDS dans la lutte antijihadistes.

C'est le retrait lundi de dizaines de soldats américains des abords de la frontière turque qui a semblé laisser le champ libre à l'offensive. Il a été perçu comme une trahison par les Kurdes.

- Ankara sourde aux menaces -

Mais les Etats-Unis, alliés de la Turquie au sein de l'Otan, ont ensuite soufflé le chaud et le froid.

Vendredi le ministère américain des Finances a affirmé que le président Donald Trump allait signer un décret permettant le déclenchement à tout moment de sanctions, ce qui vise à "dissuader la Turquie de toute extension de son offensive".

La Turquie, elle, est restée sourde aux menaces alors que des ONG ont mis en garde contre un nouveau désastre humanitaire en Syrie où la guerre, qui s'est complexifiée avec l'intervention de multiples acteurs régionaux et internationaux, a fait plus de 370.000 morts depuis 2011 et déplacé des millions de personnes.

"Peu importe ce que certains disent, nous ne stopperons pas cette" opération, a tonné vendredi le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Plusieurs pays, surtout européens, s'inquiètent aussi du sort des membres de l'EI aux mains des Kurdes.

Vendredi, les autorités kurdes ont affirmé que cinq jihadistes s'étaient évadés d'une prison après des raids turcs.

La Turquie, qui a déjà mené deux offensives dans le nord syrien en 2016 et en 2018, voudrait à terme installer dans la "zone de sécurité" qu'elle souhaite instaurer une partie des 3,6 millions de réfugiés syriens vivant sur son sol.

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