Les Irlandais ont commencé à voter samedi lors d'élections législatives périlleuses pour le Premier ministre irlandais Leo Varadkar, au terme d'une campagne où les questions intérieures ont pris le pas sur le Brexit.

Alexander Faw, étudiant en physique de 22 ans, espère que les deux grand partis de centre-droit qui dominent la vie politique du pays depuis un siècle perdront le pouvoir au profit d'un gouvernement davantage marqué à gauche.

"Ils ont fait échouer le pays un certain nombre de fois", juge-t-il, interrogé par l'AFP à Dublin, citant au nombre de ses préoccupations les logements sociaux et le système public de santé.

Pour Viviane Fitzpatrick, qui travaille dans une association, son vote marque surtout son opposition à un parti plutôt qu'un ralliement. "C'est un affreux bazar depuis des années", explique cette femme de 49 ans après avoir voté dans la capitale.

Soulignant l'importance de l'écologie, elle espère aussi, comme une large majorité d'Irlandais, que le prochain gouvernement se concentrera sur des questions comme le logement et la santé.

En tout, environ 3,3 millions d'électeurs peuvent voter pour élire les 160 membres du Dail Eireann, la chambre basse du Parlement.

Les bureaux de vote ont ouvert à 07H00 (locales et GMT) et un sondage sortie des urnes est attendu à leur clôture, à 22H00 GMT. Le décompte ne commencera que dimanche matin, et s'annonce long, notamment du fait du mode de scrutin, très complexe.

- Popularité en berne -

Jeune (41 ans), métis, homosexuel, incarnant une Irlande autrefois très catholique qui se modernise, le chef de gouvernement Leo Varadkar voit après presque trois ans au pouvoir sa popularité s'émousser.

Selon un sondage publié en début de semaine, le parti du Premier ministre, le Fine Gael, arriverait en troisième position, avec 20% des intentions de vote. Il serait devancé par son grand rival, le Fianna Fail (23%), également de centre droit et, à la surprise générale, par le parti nationaliste de gauche Sinn Fein (25%).

Le chef du gouvernement sortant a été critiqué pour avoir fait campagne davantage sur le Brexit que sur les préoccupations des électeurs.

Une semaine après la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne le 31 janvier, l'Irlande et ses 4,9 millions d'habitants se trouvent en première ligne. C'est le seul pays de l'UE à partager une frontière terrestre avec le voisin britannique, et les liens économiques entre les deux pays sont étroits.

Des discussions commerciales avec l'UE approchent, aux conséquences considérables sur les échanges sur l'île d'Irlande. Et Leo Varadkar a mis en avant son rôle dans la mise au point d'une solution évitant le retour à une frontière physique entre les deux Irlande dans l'accord de Brexit.

Cette question, l'une des plus épineuses de l'accord de divorce entre Londres et Bruxelles, a fait resurgir le souvenir des trois décennies des "Troubles" en Ulster, province britannique, entre républicains (majoritairement catholiques) et unionistes (surtout protestants), qui ont fait 3.500 morts.

- "Passé sanglant" -

Depuis l'indépendance il y a un siècle, le paysage politique irlandais est dominé par les deux partis de centre droit, qui gouvernent le pays alternativement ou en coalition comme actuellement.

La surprise est venue du Sinn Fein, l'ancienne vitrine politique de l'Armée républicaine irlandaise (IRA), donné en tête par cette étude, avec 25% des suffrages. "Personne n'avait anticipé", a reconnu vendredi Leo Varadkar.

La présidente du Sinn Fein, Mary Lou McDonald, veut un référendum sur l'unification de l'Irlande avec la province britannique du nord dans les cinq ans.

Et ses propositions pour bâtir des logements, un des thèmes majeurs dans la campagne, trouvent un écho particulier auprès d'un électorat jeune et urbain.

Mais dans les faits, les chances de la voir accéder au pouvoir à l'issue de ces élections sont extrêmement faibles. Son parti nationaliste de gauche ne présente que 42 candidats pour 160 sièges de députés.

De plus, Fine Gael comme Fianna Fail excluent toute alliance avec un parti au passé sulfureux, vu ses liens avec l'IRA, organisation paramilitaire opposée à la présence britannique en Irlande du Nord.

Une fois les résultats officiels connus, commenceront les tractations pour former un gouvernement de coalition, à moins qu'un parti ne parvienne à décrocher 80 sièges, scénario hautement improbable.

Après les dernières élections en 2016, il avait fallu 70 jours pour que les deux grands partis s'accordent pour former un gouvernement.