Les Irlandais votent samedi lors d'élections législatives périlleuses pour le Premier ministre irlandais Leo Varadkar, où sa campagne axée autour du Brexit a semblé loin des préoccupations des électeurs, qui tournent autour du logement et de la santé.

Les résultats d'un sondage à la sortie des urnes à 22H00 (locales et GMT) devrait donner la tendance, mais le décompte des voix ne commencera que dimanche matin. 3,3 millions de personnes peuvent participer au scrutin.

Soulignant un fort taux de participation (jusqu'à 55% dans la banlieue nord de Dublin en fin d'après-midi), les médias irlandais s'interrogent sur l'influence de l'arrivée de la tempête Ciara sur le pays ou le match de rugby qui a vu s'imposer l'Irlande à domicile face au Pays de Galles (24-14) dans la deuxième journée du tournoi des six nations.

Dans le village de Kildavin (Est), le bureau de vote a dû être déplacé au pub, en raison d'une coupure de courant dans la matinée.

Le chef du gouvernement sortant a voté en milieu de journée dans la périphérie de Dublin, apparaissant détendu, sans cravate, une paire de baskets de ville aux pieds.

Jeune (41 ans), métis, homosexuel, incarnant une Irlande autrefois très catholique qui se modernise, Leo Varadkar voit après presque trois ans au pouvoir sa popularité s'émousser.

Selon un sondage publié en début de semaine dans l'Irish Times, le parti du Premier ministre, le Fine Gael, arriverait en troisième position, avec 20% des intentions de vote. Il serait devancé par son grand rival, le Fianna Fail (23%).

Ces deux parti de centre-droit dominent le paysage politique irlandais depuis l'indépendance il y a près d'un siècle, et dirigent le pays alternativement, ou en coalition, comme dans le gouvernement sortant.

La sensation de la campagne est venue du Sinn Fein, parti nationaliste de gauche qui milite pour l'unification du pays avec la province britannique d'Irlande du Nord. Ancienne vitrine politique de l'Armée républicaine irlandaise (IRA), le parti a été donné en tête avec 25% des intentions de vote.

"Les gens nous ont dit tout au long de la campagne qu'ils veulent le changement", a déclaré la cheffe du Sinn Fein en votant à Dublin. Ses propositions pour bâtir des logements, un des thèmes majeurs dans la campagne, trouvent un écho particulier auprès d'un électorat jeune et urbain.

- "Affreux bazar" -

Alexander Faw, étudiant en physique de 22 ans, espère voir émerger un gouvernement davantage marqué à gauche.

Fianna Fail et Fine Gale "ont fait échouer le pays un certain nombre de fois", juge-t-il, interrogé par l'AFP à Dublin.

Pour Viviane Fitzpatrick, qui travaille dans une association, son vote marque surtout son opposition à un parti plutôt qu'un ralliement. "C'est un affreux bazar depuis des années", explique cette femme de 49 ans après avoir voté dans la capitale.

Soulignant l'importance de l'écologie, elle espère aussi que le prochain gouvernement se concentrera sur des questions comme le logement et la santé.

Dans les faits, les chances pour le Sinn Fein d'accéder au pouvoir à l'issue de ces élections sont extrêmement faibles. Le parti nationaliste de gauche ne présente que 42 candidats pour 160 sièges de députés.

De plus, Fine Gael comme Fianna Fail excluent toute alliance avec ce parti au passé sulfureux en raison ses liens avec l'IRA, organisation paramilitaire opposée à la présence britannique en Irlande du Nord.

Le chef du Fianna Fail, Micheal Martin, s'est dit "confiant", en votant en famille à Cork (sud). "Nous avons une obligation envers le peuple de travailler aussi dur que nous le pouvons pour faire en sorte qu'il y ait un gouvernement en ordre de marche après cette élection", a-t-il déclaré.

- Souvenir des "Troubles" -

Leo Varadkar s'est vu reprocher d'avoir fait campagne davantage sur le Brexit que sur les préoccupations des électeurs, préoccupés par des thèmes comme le logement ou la santé.

Une semaine après la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, l'Irlande et ses 4,9 millions d'habitants se trouvent en première ligne. Il s'agit du seul pays de l'UE à partager une frontière terrestre avec le voisin britannique, et les liens économiques entre les deux pays sont étroits.

Des discussions commerciales entre Londres et Bruxelles approchent, aux conséquences considérables sur les échanges sur l'île d'Irlande. Leo Varadkar a mis en avant son rôle dans la mise au point d'une solution évitant le retour à une frontière physique entre les deux Irlande.

Cette question, l'une des plus épineuses de l'accord de divorce entre Londres et Bruxelles, a fait resurgir le souvenir des trois décennies des "Troubles" en Ulster, province britannique, entre républicains (majoritairement catholiques) et unionistes (surtout protestants), qui ont fait 3.500 morts.

Une fois les résultats officiels connus, commenceront les tractations pour former un gouvernement de coalition, à moins qu'un parti ne parvienne à décrocher 80 sièges, scénario hautement improbable.

Après les dernières élections en 2016, il avait fallu 70 jours pour que les deux grands partis s'accordent pour former un gouvernement.