Alors que le coronavirus repart à la hausse, les Italiens ont pris timidement dimanche le chemin des urnes pour un référendum sur le nombre de leurs parlementaires, mais aussi pour élire des présidents de régions comme la Toscane, bastion de gauche depuis un demi-siècle dont l'extrême droite rêve de s'emparer.

A la mi-journée, la participation au référendum national atteignait 12,3%, selon le ministère italien de l'Intérieur.

L'ensemble des 46 millions d'électeurs italiens doivent se prononcer sur un référendum national sur la réduction du nombre de parlementaires. Cette promesse électorale du M5S devrait a priori se concrétiser.

Le nombre d'élus passerait alors de 945 à 600. Aujourd'hui, l'Italie a le deuxième parlement le plus fourni en Europe, derrière le Royaume-Uni (environ 1.400) et devant la France (925).

Six régions - quatre à gauche (la Toscane, qui sera particulièrement scrutée, la Campanie, les Pouilles et les Marches), deux à droite (la Ligurie et la Vénétie) - doivent aussi élire de nouveaux présidents.

Avec des candidats uniques, l'alliance entre centre-droit et extrême droite pourrait faire des ravages dans les régions "rouges" où s'alignent des candidats de gauche dispersés. Ce qui infligerait une sévère rebuffade au gouvernement de Giuseppe Conte, coalition formée voici un an entre le Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème) et le Parti démocrate (PD, centre-gauche).

Une septième région, le minuscule Val d'Aoste, renouvelle ses conseillers régionaux: l'équipe sortante a été impliquée dans une enquête pour infiltration mafieuse de la 'Ndrangheta (mafia calabraise) lors des élections régionales de 2018.

- La Toscane "décisive" -

La coalition de droite est composée de la Ligue de Matteo Salvini (extrême droite), de Fratelli d'Italia de Giorgia Meloni (extrême droite) et de Forza Italia (droite) de Silvio Berlusconi, et se présente unie dans toutes les régions.

Tous les observateurs ont le regard rivé sur la Toscane, place forte "rouge" depuis l'après-guerre, où les sondages donnent les candidats de gauche et de droite dans un mouchoir de poche. A la mi-journée, 14,4% des inscrits s'y étaient déplacés pour voter.

"L'élection en Toscane sera décisive pour Matteo Salvini", dont la popularité s'est effritée durant la pandémie, souligne l'analyste politique Barbara Fiammeri, du journal Sole 24 Ore.

Se présente dans la région Susanna Ceccardi, ex-eurodéputée de La Ligue. Elle affrontera notamment un candidat choisi par Matteo Renzi, l'ancien chef (Parti démocrate) du gouvernement, qui tente de se relancer à travers sa nouvelle formation, Italia Viva.

L'avenir du chef du Parti démocrate, Nicola Zingaretti, pourrait se jouer dans cette région. Celui du dirigeant du M5S, Luigi di Maio, dépend plus d'un "oui" au référendum, son cheval de bataille.

Ce sont des candidats de Fratelli d'Italia qui ont été choisis pour mener l'assaut dans les Marches et dans les Pouilles. En cas de double victoire, la cheffe du parti Giorgia Meloni, qui a fortement progressé cet été dans les sondages, ne manquerait pas de faire de l'ombre à son rival du Nord, Matteo Salvini.

En Vénétie, le populaire président de La Ligue, Luca Zaia, qui brigue son troisième mandat, semble d'autant plus indéboulonnable que son concurrent de gauche, positif au coronavirus, a terminé sa campagne virtuelle depuis l'hôpital.

- Désertions dues au Covid -

Pour ce tout premier scrutin organisé depuis la pandémie, les réticences des électeurs les plus âgés pourraient peser sur l'affluence dans les bureaux de vote, ouverts dimanche de 7h00 à 23h00, mais aussi lundi de 7h00 à 15h00.

Lorenzo Salvioni, un étudiant de Rome, espère au contraire que "les difficultés du pays provoquées par le Covid" peuvent mobiliser les Italiens.

Seuls 1.820 électeurs, confinés pour cause du coronavirus, ont demandé à voter à distance - tel l'ex-chef du gouvernement Silvio Berlusconi, atteint par le virus mais sorti depuis quelques jours de l'hôpital.

A Rome, l'hôpital Spallanzani, en pointe des soins contre le virus, dispose d'un bureau de vote. L'établissement compte actuellement 93 patients positifs, dont 10 en soins intensifs.

A la veille du scrutin, la peur a rattrapé scrutateurs et présidents de bureaux de vote, qui ont massivement déserté dans tout le pays et été remplacés par des employés municipaux, des pompiers et des étudiants. La ville de Milan (nord) a ainsi lancé un SOS samedi sur les réseaux sociaux, pour remplacer au pied levé 100 présidents de bureaux de vote.

Les mesures de sécurité sont strictes, mais les électeurs doivent abaisser leur masque, à deux mètres de distance, pour s'identifier avant d'aller déposer leur bulletin.

Comme d'autres experts, Massimo Galli, infectiologue à Milan, estime que tenir aujourd'hui ces élections plusieurs fois reportées est "une folie".

Samedi, le pays a enregistré 1.628 nouveaux cas et 24 morts. La contagion se transmet actuellement dans les deux tiers des cas au sein des familles, des plus jeunes aux plus âgés, faisant remonter la moyenne d'âge.