Les Kirghiz se rendent aux urnes dimanche pour l'élection présidentielle dont le grand favori est le populiste Sadyr Japarov, libéré de prison en octobre, lors de la dernière crise qui a ébranlé ce pays d'Asie centrale à l'histoire politique tumultueuse.

L'ascension fulgurante de M. Japarov, de la geôle où il purgeait une peine pour prise d'otage aux portes de la présidence, illustre les parcours inattendus que peuvent connaître les responsables politiques dans cette ex-république soviétique, saluée pour son pluralisme mais considérée comme la plus instable de la région.

Les critiques de Sadyr Japarov, 52 ans, craignent néanmoins que sa victoire ne débouche sur un pouvoir autoritaire, plus semblable au Kazakhstan, à l'Ouzbékistan et au Tadjikistan voisins, tous dirigés d'une main de fer depuis la chute de l'URSS.

Les bureaux de vote, ouverts depuis 08H00 heures locales (02H00 GMT), fermeront à 20H00 (14H00 GMT), avec les premiers résultats attendus peu après.

A 16H00 locales, le taux de participation atteignait 26,5%. Lors des élections législatives d'octobre, il avait atteint 36% à la même heure.

A Bichkek, la capitale recouverte d'un épais brouillard hivernal causé par la pollution, nombre d'électeurs ont déclaré à l'AFP vouloir voter pour M. Japarov.

"Il a promis de relever les salaires et les retraites", affirme Vera Pavlova, une retraitée qui confie avoir assisté à un meeting de Sadyr Japarov et savoir peu de choses sur les autres candidats.

Bekjol Nourmatov, retraité de 77 ans, accuse pour sa part M. Japarov d'avoir "plongé le peuple dans le chaos" l'année dernière. Il va donc soutenir un de ses rivaux, Adakhan Madoumarov.

Akylbek Derkenbaev, un entrepreneur de 29 ans, craint lui que son pays ne replonge dans une crise gouvernementale si "la confiance" du peuple est fragilisée après l'élection, à cause du retour "d'anciens" en politique.

En plus de la présidentielle, les Kirghiz se prononcent aussi dimanche sur des amendements constitutionnels destinés à modifier le régime politique du pays, en donnant la primauté soit au Parlement, soit à la présidence, M. Japarov étant partisan de ce dernier scénario.

- Instabilité -

Lors de la grave crise politique d'octobre, provoquée par des élections législatives jugées truquées par l'opposition, Sadyr Japarov avait été libéré de prison par ses partisans, avant qu'un tribunal n'annule sa condamnation.

Il a depuis redoublé d'efforts pour se présenter comme un ennemi du crime organisé et de la corruption. Ses détracteurs lui prêtent pourtant des liens avec la pègre.

Il s'est efforcé vendredi à Bichkek, lors de sa dernière apparition avant le vote, d'adopter un ton unificateur, appelant une foule de plusieurs milliers de personnes à se "rassembler" et se "traiter les uns les autres avec compréhension et respect".

Avec une économie mise à mal par la pandémie de coronavirus, le prochain président devra s’accommoder d'une plus grande dépendance envers le grand voisin chinois et la Russie, pays allié où travaillent des centaines de milliers de Kirghiz.

Depuis la dernière crise politique, le président russe Vladimir Poutine a critiqué à plusieurs reprises l'instabilité politique du Kirghizstan.

L'ambassadeur de Chine a de son côté rencontré récemment des responsables kirghiz pour s'assurer de la protection des entreprises chinoises, dont certaines avaient été attaquées cet automne.

- Ressources de l'Etat -

Le Kirghizstan, qui a connu deux révolutions en 2005 et 2010 ainsi que des épisodes de violences interethniques, est un habitué des crises politiques.

Les législatives contestées d'octobre avaient été annulées par les autorités dans l'espoir de régler la crise mais le président d'alors, Sooronbaï Jeenbekov, avait dû céder et démissionner deux semaines plus tard, sous la pression des partisans de Japarov.

C'était la troisième fois qu'un chef de l'Etat kirghiz démissionnait à la suite de manifestations, depuis l'indépendance en 1991.

Après avoir été un temps dirigeant du pays par intérim, M. Japarov a quitté son poste pour candidater à la présidentielle. Ses rivaux affirment que sa campagne a bénéficié des ressources de l'Etat, au sein duquel ses alliés occupent désormais les postes clés.

Vendredi, le comité de sécurité nationale a annoncé examiner des éléments indiquant que "certains candidats à la présidentielle et leurs partisans" planifiaient des troubles après le scrutin, sans nommer ces candidats.