Au moins 4.500 migrants honduriens se trouvaient samedi au Guatemala après avoir réussi à forcer un cordon policier à la frontière, espérant se rendre aux Etats-Unis malgré les restrictions imposées par le Guatemala et le Mexique sur leur chemin.

La foule venue à pied du Honduras a réussi à entrer par le poste-frontière d'El Florido, à 220 kilomètres à l'est de la capitale Guatemala. Les agents ne portaient pas d'armes à feu, afin d'éviter l'épreuve de force car le groupe comprenait de nombreuses familles avec des mineurs, a expliqué un policier.

La caravane humaine était partie vendredi à l'aube de la ville de San Pedro Sula, à 180 km au nord de Tegucigalpa, dans l'espoir d'entrer aux Etats-Unis et d'y trouver une vie meilleure. Un groupe s'est ensuite détaché du gros cortège pour se diriger vers El Florido.

Pour traverser la frontière, les autorités imposent aux migrants de présenter des papiers en règle et un test PCR du coronavirus négatif. Même si beaucoup ne remplissent pas ces conditions, les migrants ont réussi à entrer sans violences.

Des centaines de policiers guatémaltèques en tenue antiémeute avaient pris position aux postes-frontières.

"Nous n'avons ni travail ni nourriture, alors j'ai décidé de me rendre aux Etats-Unis", a expliqué Dania Hinestrosa, 23 ans, qui attendait au poste-frontière avec une de ses filles.

La jeune femme qui travaillait comme employée de maison a laissé derrière elle une autre enfant de trois ans et des jumeaux de quatre ans.

La situation économique de nombreux habitants du pays d'Amérique centrale, soumis à la violence des gangs et des narcotrafiquants, s'est encore détériorée avec le passage de deux puissants ouragans en novembre et les conséquences de la pandémie.

"Mon rêve c'est d'arriver aux Etats-Unis, de m'acheter une petite maison, parce que j'en ai assez de vivre ici en louant et de travailler pour d'autres personnes", raconte à l'AFP Melvin Fernandez, un chauffeur de taxi du port de La Ceiba parti avec son épouse et ses trois enfants de 10, 15 et 22 ans.

- "Le coeur brisé" -

"Nous partons le coeur brisé. Moi, je laisse ma famille, mon mari et mes trois enfants", se lamente Jessenia Ramirez, 36 ans, en espérant que le président Joe Biden, qui sera investi mercredi, lui laisse "une chance" aux Etats-Unis.

Les migrants marchent en colonne le long des routes, sac au dos, la plupart le visage masqué pour se protéger du Covid-19.

Beaucoup veulent croire que Joe Biden assouplira la politique migratoire des Etats-Unis, même si Washington les a déjà mis en garde.

"Ne perdez pas votre temps et votre argent et ne risquez ni votre sécurité ni votre santé", a déclaré jeudi le commissaire par intérim du Service des douanes et de la protection des frontières des Etats-Unis, Mark A. Morgan.

Le président sortant Donald Trump a annoncé vendredi qu'il déclarait l'état d'urgence sur la frontière avec le Mexique, une mesure prise pour la première fois en février 2019.

"De nouvelles mesures doivent être prises afin de faire face à la situation humanitaire et de pouvoir contrôler l'immigration, ainsi que le flux de drogues et de délinquants", a déclaré la Maison Blanche.

Le gouvernement mexicain a lui averti qu'il "ne permettrait pas l'entrée illégale (sur son territoire) de caravanes de migrants". Quelque 500 policiers ont été envoyés à la frontière avec le Guatemala.

Plus d'une douzaine de caravanes de migrants ont quitté le Honduras depuis octobre 2018, mais toutes se sont heurtées aux milliers de gardes-frontières et militaires américains positionnés à la frontière sud avec le Mexique.

La vice-ministre hondurienne Nelly Jerez, qui a reconnu que "tous nous avons droit (...) à chercher une vie meilleure", a plaidé pour des migrations "en règle, ordonnées et sûres" car, selon elle, des personnes "sans scrupules" font payer dans les caravanes sous prétexte de servir de guide.

Depuis 2019, 293 de ces passeurs, surnommés des "coyotes", ont été arrêtés.

Les autorités salvadoriennes ont arrêté vendredi deux hommes et une femme, accusés d'avoir organisé sur WhatsApp des caravanes vers les Etats-Unis et d'en avoir tiré profit.