Tous les regards de Dubaï à Abou Dhabi seront tournés mardi vers la première mission spatiale arabe visant Mars, la sonde émiratie "Hope" devant effectuer une manoeuvre délicate pour se placer en orbite autour de la planète rouge.

En cas de succès, la sonde --conçue pour percer les secrets du climat martien-- sera le premier des trois engins spatiaux devant atteindre Mars en février.

Outre les Emirats arabes unis, riche pays du Golfe, la Chine et les Etats-Unis ont aussi lancé des engins en juillet, profitant d'une période où la Terre et Mars sont les plus proches.

La mise en orbite de "Hope" ("Amal" en arabe, "Espoir" en français) autour de Mars doit marquer le cinquantième anniversaire de l'unification des sept émirats au sein d'une fédération. Tous les monuments du pays seront éclairés en rouge durant la nuit.

"Hope" doit commencer une manoeuvre de 27 minutes à 15H30 GMT mardi consistant à ralentir suffisamment pour être tirée par la gravité martienne, la partie la plus difficile de la mission, selon des responsables émiratis.

La sonde doit tourner et mettre à feu ses six puissants propulseurs pour ralentir sa vitesse de 121.000 km/h à environ 18.000 km/h.

Son signal prendra onze minutes pour atteindre la salle de contrôle sur Terre.

"Vingt-sept minutes à l'aveugle détermineront le sort de sept années de travail", a tweeté en début de semaine Sarah al-Amiri, présidente de l'Agence spatiale des Emirats et ministre d'Etat chargée des Technologies avancées.

En cas de succès, un spectacle est prévu à Dubaï autour de Burj Khalifa, la plus haute tour du monde.

- Une chance sur deux -

"Ce projet est très important pour la nation, pour toute la région et pour la communauté scientifique et spatiale mondiale", a déclaré à l'AFP Omran Sharaf, chef de projet de la mission.

Selon lui, l'objectif est "beaucoup plus grand" que le seul fait d'atteindre Mars.

"Le gouvernement veut susciter un grand changement dans l'état d'esprit de la jeunesse émiratie (...) pour accélérer la création d'un secteur scientifique et technologique de pointe", a-t-il ajouté.

Si la sonde est conçue pour fournir une image complète de la dynamique météorologique de la planète, elle constitue également un pas vers un objectif beaucoup plus ambitieux: l'établissement d'une colonie humaine sur Mars dans un délai de 100 ans.

En plus de consolider leur statut d'acteur régional clé, les Emirats souhaitent que le projet serve de source d'inspiration pour la jeunesse arabe, dans une région qui fait plus souvent la une pour ses conflits dévastateurs et ses crises politiques que pour ses prouesses scientifiques.

"La sonde a 50% de chance d'entrer en orbite autour de Mars mais nous avons atteint 90% de nos objectifs en matière de construction de nouvelles connaissances", a tweeté cheikh Mohammed ben Rached Al-Maktoum, Premier ministre des Emirats et dirigeant de Dubaï.

"Cependant, même si nous n'entrons pas en orbite, nous serons entrés dans l'histoire", a-t-il ajouté, soulignant que la sonde a atteint "le point le plus éloigné de l'univers jamais atteint par les Arabes dans leur histoire".

Pour marquer ce moment historique, des images de deux lunes de Mars - Phobos et Deimos - ont été projetées dans le ciel de Dubaï, pour permettre de "voir ce que la sonde voit", selon le bureau en charge des médias de l'émirat.

Contrairement aux missions chinoise Tianwen-1 et américaine Mars 2020, "Hope" ne se posera pas sur la planète rouge.

Elle doit utiliser trois instruments scientifiques pour surveiller l'atmosphère martienne et devrait commencer à transmettre des informations en septembre, des données auxquelles les scientifiques du monde entier auront accès.