La colère populaire s'est exprimée contre des banques au Liban, pays englué dans une crise économique et une impasse politique, avec des actes de vandalisme contre des établissements ayant adopté des restrictions de plus en plus sévères envers leurs clients.

Après des heurts devant la Banque centrale à Beyrouth, où la police a tiré au gaz lacrymogène et dispersé des centaines de manifestants, des banques ont été vandalisées sur l'artère commerciale de Hamra.

Armés de pavés ou d'extincteurs, arrachant les panneaux de signalisation pour les utiliser comme bélier, les contestataires s'en sont pris aux distributeurs et aux vitrines de plusieurs établissements.

Les heurts ont fait au moins 37 blessés, dont des policiers, selon la Croix-Rouge libanaise. Les forces de sécurité intérieure ont annoncé avoir procédé à 59 arrestations.

Les familles et des manifestants se sont rassemblés mercredi devant leur centre de détention à Beyrouth, entraînant des échauffourées. Certains détenus ont été remis en liberté, selon des militants.

Des manifestants ont de nouveau coupé par intermittence mercredi soir des routes à Beyrouth, notamment un important carrefour dans le centre-ville, en incendiant des bennes à ordure et des tas de bois, a rapporté un photographe de l'AFP.

Dans un pays en plein marasme économique, qui vit depuis octobre au rythme d'une contestation inédite contre une classe dirigeante jugée corrompue et incompétente, les banques cristallisent une grande partie de la colère en raison de restrictions de plus en plus sévères.

Mercredi, les agences bancaires touchées ont rouvert malgré les vitrines endommagées, a constaté un correspondant de l'AFP. Des agents de nettoyage ont ramassé au balai les bris de verre et tenté d'effacer les tags et graffitis. D'autres ont inspecté les distributeurs abîmés.

"Le vandalisme n'est pas acceptable, mais je comprends la colère des gens qui sont éreintés", a réagi Alya, devant une banque.

"J'ai un malade à la maison, et je dois payer l'infirmier. Les restrictions qu'ils ont imposées nous rendent la vie impossible", a-t-elle encore commenté.

- "Acte barbare" -

En pleine pénurie du billet vert, utilisé au Liban au même titre que la monnaie nationale, les retraits sont limités à environ un millier de dollars par mois. Il est devenu quasi impossible d'effectuer des transferts à l'étranger.

Dans les agences, les clients viennent retirer leur quota et les files d'attente s'allongent, avec des altercations entre clients et guichetiers.

Officiellement, la monnaie libanaise, indexée au billet vert depuis 1997, garde le même taux fixe de 1.507 livres pour un dollar. Mais, dans les bureaux de change, elle a perdu près de la moitié de sa valeur, grimpant parfois jusqu'à 2.500 livres pour un dollar.

Le Premier ministre sortant Saad Hariri, mais aussi le chef du Parlement Nabih Berri, ont fustigé un vandalisme "inacceptable", dans des communiqués séparés. L'Association des banques du Liban a dénoncé des actes "barbares".

Les épargnants accusent les banques de prendre leur argent en otage, tout en ayant permis aux politiciens et aux hauts fonctionnaires d'effectuer des transferts à l'étranger.

La Banque centrale a annoncé qu'elle enquêtait sur des fuites de capitaux. Elle a aussi indiqué qu'elle voulait unifier et apporter une "couverture légale" aux restrictions draconiennes des banques.

- "Chaos dangereux" -

Après un essoufflement qui a coïncidé avec les fêtes de fin d'année, les manifestations populaires ont repris depuis samedi. Ces dernières semaines, seuls des rassemblements symboliques et de moindre ampleur avaient eu lieu, notamment devant la Banque centrale.

La situation est compliquée par l'impasse politique: depuis la démission fin octobre du Premier ministre Saad Hariri, son gouvernement, chargé des affaires courantes, est accusé d'inertie.

Hassan Diab, désigné comme son successeur le 19 décembre, n'a toujours pas formé d'équipe.

Si la rue réclame un cabinet composé exclusivement de technocrates indépendants, les principaux partis politiques poursuivent les tractations visant à préserver leur représentation.

Déplorant "des manifestations de plus en plus virulentes" et "une économie en chute libre", le coordinateur spécial de l'ONU pour le Liban Jan Kubis n'a pas mâché ses mots.

"Politiciens, ne faites pas des reproches aux gens, faites-les à vous-mêmes pour ce chaos dangereux", a-t-il écrit sur son compte twitter.