Le Parlement libanais s'est réuni mardi en vue d'accorder sa confiance à un nouveau gouvernement honni par la rue, faisant fi de la mobilisation de centaines de manifestants dispersés par les forces de l'ordre avec des lacrymogènes et des canons à eau.

Ayant investi les rues dès l'aube pour empêcher les députés d'accéder au Parlement dans le centre-ville de Beyrouth, les contestataires ont lancé des oeufs et des pierres sur les voitures de certains parlementaires et les barricades en béton érigées par les forces de sécurité, selon un correspondant de l'AFP.

Enveloppés dans des drapeaux libanais et scandant "pas de confiance", les manifestants ont dénoncé un Parlement "illégitime" et un gouvernement qui ne répond pas selon eux aux aspirations de la rue.

"Nous sommes ici pour rejeter le gouvernement (de Hassan) Diab et dire que le peuple libanais ne fera aucunement confiance à ce cabinet", affirme Christopher, manifestant de 26 ans.

Même si certains ministres sont qualifiés, ils dépendent des "partis qui ont détruit le pays", affirme-t-il, alors qu'autour de lui, des manifestants sont venus d'aussi loin que Tyr et Saïda, dans le sud, ou encore Tripoli, dans le nord.

Dans un pays au bord de l'effondrement économique, le soulèvement inédit lancé le 17 octobre réclame le renouvellement de toute la classe politique, accusée de corruption et d'incompétence.

Certains députés ont passé la nuit à l'hémicycle, craignant un nouveau défaut de quorum, comme cela fut le cas lors de sessions parlementaires précédentes.

Mardi, le quorum a été atteint mais durement, 68 députés -- sur les 128-- ayant pu se frayer un chemin jusqu'à la Chambre, tandis que certains parlementaires ont boycotté la séance.

Devant l'Assemblée, le Premier ministre a lu la déclaration de politique générale de son gouvernement.

Il a promis un "plan d'urgence" d'ici la fin du mois. "Chaque jour où (ce plan) n'est pas mis en oeuvre coûte au pays davantage de pertes", a-t-il martelé.

- "Aucune confiance" -

Dans la rue, les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre ont fait plus de 370 blessés, dont certains souffrant de difficultés respiratoires à cause des gaz lacrymogènes, a indiqué la Croix-Rouge libanaise, précisant que 45 personnes ont été hospitalisées.

Un député a également été blessé par les manifestants alors qu'il essayait de se frayer un chemin à travers la foule près du Parlement. Il a fini par rejoindre la Chambre après un passage à l'hôpital.

Sur Twitter, l'armée a mis en garde contre "les actes de vandalisme (...) qui entachent les revendications (de la contestation) et ne permettent pas de concrétiser ses demandes".

Les contestataires réclamaient un gouvernement de technocrates, totalement indépendants de la classe politique, fustigeant un système politique confessionnel ayant longtemps alimenté selon eux la corruption et le clientélisme.

Or l'équipe gouvernementale actuelle a été formée au terme de plusieurs semaines de tractations âpres entre les partis qui jouissent de la majorité au Parlement, notamment le Hezbollah et le Courant patriotique libre (CPL) du président Michel Aoun.

Hassan Diab, un universitaire peu connu et ancien ministre de l'Education, chargé de former un gouvernement après la démission de son prédécesseur Saad Hariri fin octobre, sous la pression de la rue, a promis de porter les demandes de la rue.

- Défis titanesques -

Mais le nouveau gouvernement est confronté à des défis titanesques, dans un pays croulant sous une dette avoisinant les 92 milliards de dollars, soit plus de 150% du PIB, faisant craindre un défaut de paiement.

En parallèle, les banques ont instauré des restrictions drastiques sur les retraits en dollars --dans un pays où le billet vert est utilisé au quotidien au même titre que la livre libanaise--, sur fond d'une pénurie des liquidités, accélérant une dépréciation de la monnaie nationale sur le marché parallèle.

Le chômage déjà élevé avant la contestation, notamment parmi les jeunes, a bondi ces derniers mois avec la suppression de 220.000 emplois depuis octobre, selon l'institut de sondage local Infopro.

La Banque mondiale a averti en novembre que la moitié de la population au Liban pourrait bientôt vivre sous le seuil de pauvreté, contre le tiers actuellement.

Dans la rue, la méfiance à l'égard du pouvoir reste de mise ... "Bien sûr que nous sommes confiants - qu'ils aideront les banques au détriment de la population", pouvait-on lire mardi sur une pancarte brandie par les manifestants.